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Colloque « Les animaux en ethnographie : quelles méthodes d’enquête, quelles postures éthiques ? »

21 novembre 2019 - 22 novembre 2019, au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris

Présentation

[English version below]

Si les animaux sont présents en anthropologie dès les origines de la discipline, c’est principalement dans une perspective anthropocentrée qu’ils ont été pris pour objet, en tant que partenaires, ressources, outils ou attributs permettant de caractériser les cultures humaines (Manceron, 2016). Pourtant, l’évolution des relations entre humain.e.s et animaux, marquées par « l’ambivalence » (Burton-Jeangros, Gouabault, 2002), a progressivement entraîné une renégociation des frontières entre les deux catégories (Despret, 2012 ; Dubied, Gerber, Fall, 2012 ; Camos et al., 2009). De même, le « tournant animal » (Delon, 2015) auquel on assiste dans une partie du monde académique conduit à de nouvelles façons de se saisir des animaux et de leurs relations avec les humain.e.s (Leblan, Roustan, 2017 ; Laugrand, Cros, Bondaz, 2015). Dans ce contexte se développent, en sociologie et en anthropologie, des recherches visant à analyser les relations anthropozoologiques 6 (Michalon, Doré, Mondémé, 2016) au sein de « communautés hybrides » (Lestel, 2001, 2008), en s’attachant à décrire aussi bien les comportements des humain.e.s que ceux des animaux dans les interactions entre les deux groupes (voir notamment Piette, 2002 ; Mondémé, 2013 ; Vicart, 2014 ; Marchina, 2015, Leblan, 2017). En d’autres termes, ces travaux, dont certains sont fondés sur des enquêtes ethnographiques multi-espèces (Hurn, 2019 ; Kirksey, Helmreich, 2010), ne se contentent pas d’appréhender les animaux comme des « objets modelés par les sociétés humaines » mais analysent « leur part active dans les dynamiques sociales » (Michalon, 2018). Par ailleurs, si l’étude des comportements animaux relève traditionnellement de l’éthologie, des chercheur.e.s en sciences humaines et sociales s’en emparent à leur tour et réfléchissent aux façons d’articuler les méthodes de l’enquête ethnographique avec celles de l’éthologie dans cet objectif (Latour, Strum, 1986 ; Joulian, 2000 ; Kohler, 2012 ; Lescureux, 2006 ; Lestel, Brunois, Gaunet, 2006 ; Guillo, 2009 ; Servais, 2012, 2016 ; Louchart, 2017). Ces approches, qui accordent une nouvelle place aux animaux dans l’ethnographie, posent de nombreux défis épistémologiques et méthodologiques que ce colloque a pour ambition d’explorer : comment ethnographier les « existants » (Descola, 2005), humain.e.s et non-humain.e.s ? Est-il possible de se départir de l’anthropocentrisme pour analyser le « point de vue » (Baratay, 2012) des animaux dans l’étude de leurs relations avec les humain.e.s ? A quelles conditions une « ethnographie multi-espèces » est-elle réalisable ? Et quelles approches méthodologiques peuvent permettre une ethnographie des animaux ? Quelles collaborations peuvent-elles être envisagées entre les sciences sociales et les sciences du vivant dans cet objectif ? Quelles sont les spécificités de la relation d’enquête, lorsque les enquêté.e.s ne sont pas humain.e.s (Kohler, 2012 ; Leblan, Roustan, 2017 ; Jankowski, 2011) ?

Ce colloque rassemble des communications issues d’enquêtes ethnographiques et/ou traitant de questions liées à la thématique de l’animal en ethnographie, quelle que soit l’appartenance disciplinaire des chercheur.e.s. Trois ensembles de questions structurent le programme de manière transversale. (1) Questionnements méthodologiques : il s’agira de faire état des opportunités de la démarche ethnographique pour étudier les relations entre différentes espèces (mais également les relations entre membres d’une même espèce animale) ainsi que les difficultés rencontrées pour sa mise en oeuvre. (2) Enjeux éthiques : il s’agira d’interroger les implications du développement d’une ethnographie inter-espèces au regard de différentes propositions éthiques (éthique animale, éthique de la recherche, éthique de la recherche en sciences humaines et sociales). (3) Enquêter sur l’éthique animale : de manière réflexive, il s’agira d’étudier l’émergence de l’éthique animale (au sens très large des différentes manières dont le sort des animaux est débattu publiquement), à travers l’utilisation d’outils issus de l’ethnographie.

[English version]

While animals have been present in anthropology from the very beginning of the discipline, they mainly have been considered from an anthropocentric perspective, as partners, resources, tools or attributes for characterizing human cultures (Manceron, 2016). However, the evolution of relations between humans and animals, marked by "ambivalence" (Burton- Jeangros, Gouabault, 2002), has gradually led to a renegotiation of the boundaries between the two categories (Despret, 2012 ; Dubied, Gerber, Fall, 2012 ; Camos et al., 2009). Similarly, the "animal turn" (Delon, 2015) that we are witnessing in a part of the academic world leads to new ways of grasping animals and their relationships with humans (Leblan, Roustan, 2017 ; Laugrand, Cros, Bondaz, 2015). In this context, sociology and anthropology are developing research aimed at analysing anthrozoological relations (Michalon, Doré, Mondémé, 2016) within "hybrid communities" (Lestel, 2001, 2008), focusing on describing both human and animal behaviour in interactions between the two groups (see in particular Piette, 2002 ; Mondémé, 2013 ; Vicart, 2014 ; Marchina, 2015, Leblan, 2017). In other words, 7 these studies, some of which are based on multi-species ethnographies (Hurn, 2019 ; Kirksey, Helmreich, 2010), do not only consider animals as "objects shaped by human societies" but also analyse "their active contribution in social dynamics" (Michalon, 2018). Moreover, while the study of animal behaviour has traditionally been a matter of ethology, researchers have also been involved in the study of animal behaviours in the human and social sciences, in turn, are taking hold of them and reflecting on ways of articulating ethnographic survey methods with those of ethology for this purpose (Latour, Strum, 1986 ; Joulian, 2000 ; Kohler, 2012 ; Lescureux, 2006 ; Lestel, Brunois, Gaunet, 2006 ; Guillo, 2009 ; Servais, 2012, 2016 ; Louchart, 2017). These approaches, which give a new place to animals in ethnography, pose many epistemological and methodological challenges that this symposium aims to explore : how to ethnograph the "existing" (Descola, 2005), humans and non-humans ? Is it possible to move away from anthropocentrism to analyze the "point of view" (Baratay, 2012) of animals in the study of their relationships with humans ? Under what conditions is a "multi-species ethnography" feasible ? And what methodological approaches can allow the emergence of an ethnography of animals ? What collaborations can be envisaged between the social sciences and the life sciences for this purpose ? What are the specificities of the ethnographic relationship, when the respondents are not human (Kohler, 2012 ; Leblan, Roustan, 2017 ; Jankowski, 2011) ?

This conference brings together papers from ethnographic investigations and/or dealing with issues related to the theme of animals in ethnography, regardless of the disciplinary affiliation of researchers. The programme is transversaly structured by three sets of questions. (1) Methodological questions : the opportunities of the ethnographic approach to study the relationships between different species (but also the relationships between members of the same animal species) and the difficulties encountered in its implementation will be discussed. (2) Ethical issues : the implications of the development of an inter-species ethnography will be examined in the light of different ethical proposals (animal ethics, research ethics, research ethics, research ethics in the human and social sciences). (3) Investigating animal ethics : in a reflective way, it will be a question of studying the emergence of animal ethics (in the very broad sense of the different ways in which the fate of animals is publicly discussed), through the use of tools derived from ethnography.

Programme

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  • Amandine Gautier, docteure en science politique, présentera lors de ce colloque une communication intitulée « Quand l’abattoir ressuscite l’Animal ».

Comité d’organisation

Elsa Chanforan (CRESEM – UPVD), Kostia Lennes (SEF, Université Libre de Bruxelles – LAMC), Jérôme Michalon (CNRS – UMR Triangle), Lucie Nayak (SEF, Inserm-CESP) et Mélanie Roustan (MNHN – UMR Paloc).

Comité scientifique

Isabelle Arpin, Nathalie Blanc, Julien Bondaz, Matei Candea, Elsa Chanforan, Sophie Chevalier, Sergio Dalla Bernardina, Emilie Dardenne, Jean Estebanez, Frédéric Joulian, Frédéric Keck, Helen Kopnina, Don Kulick, Vincent Leblan, Kostia Lennes, Vanessa Manceron, Charlotte Marchina, Jérôme Michalon, Chloé Mondémé, Lucie Nayak, Albert Piette, Daniel Roche, Mélanie Roustan, Véronique Servais, Ophélie Véron, Thierry Wendling.

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UMR
2005 - 2019 Triangle - UMR 5206
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