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Colloque international "Edward Said"

14 mai 2014 - 16 mai 2014, à l’ENS de Lyon (site Descartes), Lyon 7ème

Organisateurs

Makram Abbès, Laurent Dartigues et Jérôme Maucourant.

L’entrée est libre et ne nécessite pas d’inscription.

Programme

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Mercredi 14 mai : L’œuvre et sa réception

  • 9h15 Accueil des participants

Matinée : président Makram Abbès, Maître de conférence - ENS de Lyon / Institut Universitaire de France

  • 9h30 Henry Laurens, professeur au Collège de France - Chaire d’histoire contemporaine du monde arabe
    Histoire et nature de l’orientalisme
  • 10h15 Laurent Dartigues, chargé de recherche - CNRS / Triangle
    Histoire d’un silence. La non-réception de L’Orientalisme dans le champ orientaliste français (1980-2000)
  • 11h Florent Villart, maître de conférences - Université Jean Moulin Lyon 3 / Institut des études transtextuelles et transculturelles
    L’Orientalisme, la Chine et les Études chinoises : un état des lieux critique
  • 11h45 Débat et pause déjeuner

Après midi : présidente Leyla Dakli, Chargée de recherche - CNRS / IREMAM

  • 14h Pierre Robert Baduel, directeur de recherche honoraire (sociologie politique) - CNRS / Université de Tours
    Critique saïdienne de l’orientalisme arabo-islamique : au nom de quel Orient ?
  • 14h45 Sonya Dayan-Herzbrun, professeure - Université Paris 7 Denis Diderot / Centre de sociologie des pratiques et des représentations politiques et Directrice de la revue Tumultes
    De l’invention de l’Orient au spectre de l’islam
  • 15h30 Débat et pause café
  • 16h Nadia Marzouki, Chargée de recherche - CNRS / Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron
    La critique saïdienne de l’orientalisme : débats théoriques et questions politiques
  • 16h45 Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, professeur invité - Graduate Institute et Directeur de programme / Geneva Center for Security Policy
    L’archéologie de la soumission : comprendre l’actualité arabe à la lumière de Said
  • 17h30 Débat et clôture de la journée

Jeudi 15 mai : Orientalismes / occidentalismes : problèmes et méthodes

  • 9h15 Accueil des participants

Matinée : président Jérôme Maucourant, maître de conférences - Université Jean Monnet Saint-Étienne / Triangle

  • 9h30 Réda Benkirane, sociologue, consultant international, chercheur associé - Centre Jacques Berque (Maroc) et Institut de Recherches Philosophiques de l’Université Jean Moulin Lyon 3
    Après l’orientalisme : de l’islamologue en tant qu’agent de renseignement
  • 10h15 Dino Costantini, research Fellow - Università Ca’ Foscari di Venezia / Dipartimento di Filosofi a e Beni Culturali et Visiting Fellow/Universidade de Coimbra / Centro de Estudos Sociais
    Les frontières de l’humain : humanisme, démocratie, crise
  • 11h Engin Isin, professor of Citizenship, Politics & International Studies - The Open University of London / Faculty of Social Sciences
    Citizenship After Orientalism
  • 11h45 Débat et pause déjeuner

Après-midi : président Réda Benkirane, sociologue, consultant international, chercheur associé - Centre Jacques Berque (Maroc) et Institut de Recherches Philosophiques de l’Université Jean Moulin Lyon 3

  • 14h Rada Ivekovic, philosophe - Professeure des universités Traduction et souverainetés nationales.
    Sur la normativité des savoirs institués
  • 14h45 Mondher Kilani, professeur d’anthropologie - Université de Lausanne et Directeur / Laboratoire d’anthropologie culturelle et sociale
    Pour une critique du fondement universaliste du discours anthropologique
  • 15h30 Débat et pause café
  • 16h Orazio Irrera, chercheur associé - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne
    L’orientalisme comme régime de vérité. Discours et subjectivation chez Said et Foucault
  • 16h45 Makram Abbès, maître de conférences - ENS de Lyon / Triangle / Institut Universitaire de France
    L’Islam et la science : misères de l’orientalisme, impasses de l’islamisme
  • 17h30 Débat et clôture de la journée

Vendredi 16 mai : Figures de l’intellectuel à l’heure de la mondialisation

  • 9h15 Accueil des participants

Matinée : président, Maxime Del Fiol, maître de conférences - Université Paul Valéry Montpellier 3 / RIRRA 21

  • 9h30 Claire Gallien, maître de conférences - Université Paul Valéry Montpellier 3 / Institut de Recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières
    Edward Said, Theory, and the Palestinian Prism
  • 10h15 Anna Bernard, professor - King’s College of London
    Said’s reception by Jewish scholars writing about non-and anti-Zionist Jewish thought
  • 11h Leyla Dakhli, chargée de recherche - CNRS/ Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman
    Un apprentissage intellectuel : vivre entre les langues comme condition de la modernité arabe
  • 11h45 Débat et pause déjeuner

Après-midi : président Laurent Dartigues, chargé de recherche - CNRS / Triangle

  • 14h Karim Bitar, directeur de recherche - Institut des relations internationales et stratégiques et Directeur de la revue de l’École nationale d’administration
    Edward Said, la France et les intellectuels français
  • 14h45 Ziad Elmarsafy, professor - University of York / Department of English and Related Literature
    Edward Said, la mondanité et la littérature-monde (Weltliteratur)
  • 15h30 Débat et pause café
  • 16h Maxime Del Fiol, maître de conférences - Université Paul Valéry Montpellier 3 / Représenter, Inventer la Réalité du Romantisme à l’aube du XXIe siècle
    De l’orientalisme à l’occidentalisme : réflexions sur la possibilité d’un nouveau paradigme littéraire
  • 16h45 Sarga Moussa, directeur de recherche - CNRS / Littérature, Idéologies, Représentations, XVIIIe-XIXe
    Les années au Victoria College du Caire, ou l’apprentissage de la complexité.(E. Said, Mémoires, chapitre VIII)
  • 17h30 Débat et clôture du colloque

Présentation

Disparu en septembre 2003, Edward Said est considéré comme une figure majeure de la République mondiale des intellectuels. Son ouvrage sur l’orientalisme paru en 1978 sous le titre Orientalism a mis en effet sous les feux de la rampe ce professeur à l’Université Columbia de New York détenteur d’une thèse sur Greene et Gide et d’une thèse sur Conrad. Soutenant que l’orientalisme avait produit un Orient mythique tout entier confit dans la tradition, la primitivité, le mystère, le merveilleux, le profond, l’impénétrable, l’immuabilité et donc construit en quelque sorte un Orient disponible pour la domination coloniale, Orientalism, quoique très controversé, est rapidement devenu un classique, objet de nombreux symposiums, traduit en de multiples langues (allemand, arabe, coréen, persan, turc, etc.). Edward Said va impulser de très nombreux travaux. Les post-colonial studies notamment vont s’en réclamer. Étrangement, Orientalism est en revanche tout bonnement éludé par les milieux orientalistes français, bien qu’il fût traduit et publié dès 1980 par les éditions du Seuil. Peut-être parce qu’ils souscrivent aux critiques qui soulignaient qu’il est impossible d’imaginer que les buts ultimes de la domination coloniale puissent déterminer entièrement des compréhensions culturelles. Et il est vrai que, si Edward Said se défend de réduire le savoir à sa dimension politique, s’il affirme l’existence d’un “ savoir vrai ”, il réduit, trop souvent, la culture à un monde de valeurs qui ressort de l’intérêt, de la consolidation de l’impérialisme, voire de la complicité active avec le colonialisme.

Edward Said n’est toutefois pas l’auteur d’un seul livre. Dans Culture et impérialisme, paru ultérieurement, il adoucit notablement certaines thèses défendues dans Orientalism, probablement en vertu d’une attention plus vive à la lettre des textes littéraires. En lisant le roman en tant que résultat d’une “ interaction créatrice ” entre les propres lectures de l’auteur, son génie propre, son histoire personnelle, les contraintes de convention du récit et un public, en s’appuyant sur une méthode qui s’intéresse à ce qui est muet ou marginal dans le récit, Said apparaît bien plus complexe.
Mais surtout, Edward Said est l’auteur d’importantes contributions sur la manière dont les universitaires et les médias états-uniens échouent à rendre compte des sociétés islamiques et du problème palestinien. Que ce soit sous forme d’ouvrages, avec The Question of Palestine (1979), Covering Islam (1981), The Politics of Dispossession : the Struggle for Palestinian Self-Determination (1994), The End of the Peace Process : Oslo and After (2000) ou bien de très nombreux articles parus notamment dans le New York Times ou le Arab Studies Quaterly. Alors que sa trajectoire universitaire le menait paisiblement sur le chemin de l’érudition littéraire, la guerre des Six-Jours va transformer Edward Said en une des grandes voix internationales de la cause palestinienne. Membre indépendant du Palestine National Council, il fut un temps pressenti par Yasser Arafat et Jimmy Carter pour devenir un des négociateurs officieux en charge de trouver un règlement pacifique du conflit entre la Palestine et Israël. Prônant pour sa part la création d’un État binational, très critique envers les accords d’Oslo, Edward Said se pose donc en tant qu’intellectuel engagé. Et il n’aura de cesse, de Beginnings à Humanism and Democratic Criticism, d’approfondir la question de la fonction intellectuelle et de s’intéresser à l’histoire moderne des intellectuels. Edward Said ancre cette réflexion dans la question de l’exil en particulier. Il convoquera à ce propos sa propre histoire familiale dans une sorte de socio-analyse informée par une analyse personnelle. À ce titre, Edward Said est une voix assez singulière.

Il conviendra bien sûr de revenir sur Orientalism, d’analyser sa réception mondiale, de montrer sa fécondité pour les études postcoloniales, mais aussi ses impasses, méthodologiques aussi bien qu’épistémologiques. Réunissant de nombreux chercheurs internationaux, le colloque visera à faire place à l’ensemble de l’œuvre. Il sera nécessaire également de s’attarder sur des ouvrages qui de Beginnings (1975) à Humanism and Democratic Criticism (2004) en passant par Out of Place (2000) et Reflections on Exile (2000) ont interrogé l’humanisme, la critique, la démocratie et la fonction intellectuelle dans un espace à la fois mondialisé et fragmenté, soumis à des forces déshumanisantes. Et bien sûr, il faudra s’attacher à mettre à l’épreuve de l’actualité les écrits de Said concernant le question palestinienne.
Nous souhaitons ainsi rendre compte de la richesse, la subtilité, la complexité, la contradiction de sa pensée, parfois sublime, parfois défaillante. Et nous souhaitons également par une sorte de fidélité à sa pratique profondément humaniste que ce colloque soit placé sous le signe de la lecture détaillée, de la critique, de l’interprétation ouverte et accueillante.

Axes des trois journées

  • 1. L’œuvre et sa réception
    En s’inscrivant dans la réflexion de Michel Foucault, Edward Said s’intéresse aux rapports entre pouvoir colonial et savoir orientaliste. L’Orientalisme va ainsi connecter la production fantasmatique d’un « Autre » infériorisé et essentialisé avec l’appareil idéologique colonial. La publication cet ouvrage inspirera de très nombreux travaux qui dépassent le cadre arabo-musulman pour embrasser d’autres géographies. Edward Said va devenir le maître à penser des postcolonial studies, et une référence privilégiée pour les subaltern studies. On ne compte plus les « The invention of... » ou les « Western Images of... ». Il s’agira ici de s’intéresser à la réception, l’appropriation critique, la transformation, l’approfondissement de la pensée de Said dans le champ internationalisé de la recherche académique.
  • 2. Orientalismes/occidentalismes : problèmes et méthodes
    Adossées à une dissection des stéréotypes qu’une civilisation construit et répand sur une autre (L’Orientalisme, Culture et impérialisme, L’Islam dans les médias), les analyses d’Edward Saïd ont donné naissance à une réflexion méthodologique fondamentale dont le point de départ a été la critique de l’ethnocentrisme occidental. Au-delà des récusations simplistes de cet ethnocentrisme qui peuvent tomber facilement dans l’écueil inverse de l’essentialisation de l’Occident – ce que certains dénoncent sous le nom d’« occidentalisme » –, l’œuvre de Saïd a nourri les travaux de nombreux universitaires et penseurs qui ont travaillé sur l’histoire globale et sur les systèmes-monde. Les écrits de Jack Goody ou de Fernand Braudel, malgré les divergences qui les séparent, témoignent de l’intérêt et de la nécessité, pour les chercheurs, de formuler des interrogations constantes sur des catégories conceptuelles qui structurent les discours des sciences humaines et sociales. Comment le chercheur peut-il s’abstraire aux conditionnements qu’impose l’appartenance à une culture hégémonique ou impérialiste, et de quelle manière approcher les articulations entre l’universel et le particulier, le global et le local d’un côté, et aborder, de l’autre, les catégories qu’on croit être spécifiques à la modernité occidentale, telle que « capitalisme », « individualisme », « tolérance » ou « sécularisation » ? Telles sont les questions qui seront abordées dans cet axe et qui formeront la matière principale des interventions et des débats.
  • 3. Figures de l’intellectuel à l’heure de la mondialisation
    Après la guerre des Six-Jours, Edward Said place ses textes indissociablement dans le champ épistémique et sur la scène politique. L’Orientalisme et La question de Palestine sont ainsi deux ouvrages qui se nourrissent l’un l’autre. Inspiré par Gramsci notamment, il ne cessera à la fois contre les intellectuels traditionnels et les penseurs tentés par le détachement vis-à-vis de l’actualité, de défendre la nécessité d’une responsabilité publique de l’intellectuel pour faire vivre la conflictualité dans la démocratie. Dans Des intellectuels et du pouvoir, il écrit ainsi : “ L’intellectuel doit […] disposer de l’espace nécessaire pour tenir tête à l’autorité, car l’aveugle servilité à l’égard du pouvoir reste dans notre monde la pire des menaces pour une vie intellectuelle active et morale ”.
    Si sa position fermement revendiquée d’intellectuel n’est pas originale, la manière dont il la noue à une réflexion sur l’exil méritera assurément l’attention. Nous serons ainsi également conduits à éclairer sa pensée par la biographie qu’il a lui-même écrite et qui obtiendra le prix du New Yorker.

Documents joints


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