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Appel à communications pour le colloque « Construire des passerelles. Autour de l’œuvre de David Graeber »

31 janvier : 00h00 - 00h00, Date limite de dépôt d’une proposition de communication

Présentation

David Graeber, Professeur d’anthropologie à la London School of Economics, disparu brutalement le 2 septembre 2020 aura, le temps de sa courte existence, marqué son passage par sa créativité scientifique et ses apports originaux à des débats publics majeurs.

Ayant contribué à une anthropologie que l’on peut qualifier de politique, montrant que la diversité des organisations sociales révélées par les enquêtes ethnographiques ouvre sur l’idée d’une pluralité des possibles et ainsi sur la perspective d’une société plus égalitaire et démocratique, il est devenu une figure intellectuelle majeure de la gauche libertaire.

Ses travaux, associés à son engagement dans les mouvements politiques transnationaux de contestation, sont à l’origine de sa forte visibilité publique. Mais ses travaux plus académiques constituent aussi d’importantes contributions à la science sociale  : l’ethnographie de Madagascar, l’anthropologie de la magie, la nature de la royauté, la connaissance des sociétés préhistoriques entre autres. Ils sont aussi souvent traversés de réflexions philosophiques et épistémologiques à partir de l’histoire des idées en sciences sociales, comme l’illustrent ses textes sur les conceptions de la valeur.

Sa notoriété publique est aussi intervenue dans le contexte des effets de la crise financière des années 2008 avec la publication en 2011 de son ouvrage Debt, The first 5000 Years  , qui interroge drastiquement les dogmes des institutions monétaires et économiques à l’aune de la profondeur historique et anthropologique des pratiques monétaires, ouvrage qui aura un retentissement mondial. L’ambition de ce livre est importante dans la mesure où sa thèse transversale est que la dette et les pratiques et institutions monétaires qui lui sont rattachées constituent la relation sociale pour lui fondamentale. Cette thèse se distingue premièrement des approches – celles de certaines traditions d’anthropologie économique et en économie – qui se polarisent sur l’échange et le marché. De même, en considérant la dette et les institutions monétaires comme une structure majeure de domination, elle se distingue également des approches, perpétuées par la tradition marxiste, qui mettent l’accent sur les rapports de production et le travail entre classes sociales.

En phase avec son époque, où la diffusion des idées est largement médiatisée par les réseaux sociaux, un de ses articles des plus originaux va connaître un retentissement mondial, On the Phenomenon of Bullshit Jobs, A Work Rant  paru en 2013, dans lequel il défend une thèse qui s’inscrira aussi dans ses ouvrages ultérieurs  : Bureaucracy, The Utopy of Rules, en 2015, et Bullshit Jobs, en 2018. Le talent de Graeber tient notamment à sa manière de retourner certaines idées bien installées dans les représentations sur le système économique contemporain, en montrant que la prétendue efficacité de l’économie de marché repose en réalité moins sur des mécanismes véritablement libéraux que sur un processus de bureaucratisation croissant sur la base d’une alliance entre l’État et les pouvoirs économiques au bénéfice de quelques-uns (les «  1%  » des plus fortunés). L’économie, de plus en plus financiarisée et marquée par la croissance des inégalités de revenu et de patrimoine, se caractérise par ailleurs par la multiplication de strates d’emplois (souvent les mieux rémunérés) répondant au renforcement des dispositifs managériaux. La thèse des «  bullshit jobs  » - ces emplois jugés inutiles par les salariés qui les exercent, et qui se multiplient dans le cadre du processus de bureaucratisation dans toutes les sphères de la société, des entreprises, aux organisations publiques, en passant par les domaines créatifs – a ré-émergé pendant la crise du covid en 2020 sous la thématique des emplois essentiels et inessentiels. Ce débat a fait également écho aux travaux anthropologiques de Graeber concernant l’opposition des principes des «  sociétés commerciales  » et des «  sociétés humaines  » (dont les activités sont tournées vers la vie humaine et les relations sociales, le care, les arts, le jeu…) dans l’histoire de l’humanité.

Selon une formule que Jean-Michel Servet avait utilisée dans son hommage après son décès, «  David Graeber était un passeur  ». Premièrement, un passeur entre les disciplines. On lui doit tout d’abord d’avoir accru la visibilité de l’anthropologie dans les sciences sociales et montré comment elle pouvait alimenter des réflexions sur l’organisation sociale, les formes d’actions, l’imagination des alternatives etc… et influencer d’autres disciplines, telles les sciences économiques, la sociologie ou la science politique notamment en ce qui concerne les questions monétaires, les problèmes du travail et, la crise de la démocratie. Il était aussi un passeur entre action et réflexion (et a d’ailleurs écrit sur ce sujet) et cela à double sens  : sa démarche témoigne qu’il défendait une démocratie épistémique, l’idée que la connaissance du social doit être basée sur l’expérience des acteurs et sur leurs récits (ce qui bien entendu peut être lié à la méthode ethnographique d’où son intérêt pour les réseaux sociaux) ou sur la valeur épistémique de la culture populaire (la science-fiction, les séries, la musique pop) ; et que la connaissance produite par les sciences sociales avait une vocation instrumentale c’est-à-dire qu’elle doit constituer une force imaginative et transformatrice en faveur d’une société réellement démocratique.

L’objectif de ce colloque est d’honorer, en l’interrogeant, la volonté qu’avait David Graeber de construire des passerelles entre les sciences sociales et entre science et action pour une société plus démocratique et plus humaine. Pour cela, il réunira des contributions en provenance des différentes disciplines interpellées par les travaux de Graeber : l’anthropologie, la sociologie, l’économie, la science politique, la philosophie sociale, notamment. Ces contributions pourront s’inscrire dans un champ disciplinaire particulier (Anthropologie, Science politique, Économie …) ou, à partir d’un objet particulier (la démocratie, le travail, la dette ; etc.), le traiter dans une perspective transdisciplinaire.

Keynote speaker : Michaël Hudson (Institute for the Study of Long-Term Economic Trends – ISLET).

Une table ronde (en cours) autour de son œuvre et les questions qu’elle soulève réunira notamment Alain Caillé (Université Paris Nanterre), Keith Hart (Centre for the Advancement of Scholarship at the University of Pretoria, LSE) et Steve Keen (University of Western Sydney).

Les propositions de communication s’inscriront en priorité dans les thématiques suivantes  :

  • Thématique 1 - Des propositions pourront être consacrées à l’œuvre de David Graeber elle-même. Elles pourront notamment concerner ses apports conceptuels aux sciences sociales, ses sources d’inspirations (en philosophie, anthropologie, en économie …). Elles pourront aussi l’envisager comme une figure d’intellectuel engagé, et pourront s’intéresser à ses usages des médias comme nouveaux modèles de diffusion pour les sciences sociales et, pourquoi pas, son style d’écriture et de raisonnement.
  • Thématique 2 - Des propositions pourront être consacrées à l’influence des travaux de Graeber sur les débats économiques  ; sur la monnaie et la dette, sur le rôle de l’histoire et de l’anthropologie pour éclairer les conceptions et les institutions économiques  ; sur la monnaie et la dette comme relations sociales fondamentales  ; sur la financiarisation  ; sur les mythes du discours de l’économie, sur une conception de l’«  économie humaine  » (entendue non pas comme une économie sans coercition mais tournée vers la vie humaine).
  • Thématique 3 - Un troisième thème sera celui du travail, de la crise du sens du travail dans le cadre du développement de la bureaucratie managériale, de l’idéologie du travail, de la question du care, du lien entre genre et appréciation de la nature du travail.
  • Thématique 4 - Un quatrième thème sera centré sur la pensée politique de David Graeber, sur sa conception de la démocratie, ses réflexions sur les pensées anarchistes, sur l’analyse des ressorts du capitalisme féodal, sur les mouvements sociaux de contestation et leur puissance créatrice, sur les expériences démocratiques.
  • Thématique 5 - Un cinquième thème sera dédié aux conceptions philosophiques et épistémologiques qui traversent l’œuvre de David Graeber, son adhésion au courant pluridisciplinaire du Réalisme Critique par exemple, son cheminement écartant à la fois les écueils du relativisme comme celui du déterminisme. Les enjeux de ses travaux pour l’interdisciplinarité ou la transdisciplinarité, la question des relations entre science et engagement, pourront être discutés.

>> Consulter le site du colloque

Langues des propositions de communication : français ou anglais.

Dates importantes

Soumission des résumés anonyme (environ 500 mots) avec l’indication du numéro de la ou des thématiques visée (s) devra être soumis directement sur le site https://davidgraeber22.sciencesconf.org/ avant le 15 janvier 2021.

Signification d’acceptation : fin février 2022.

La version finale de l’article devra être envoyée avant le 15 juin 2022 (9000 mots maximum).

Inscriptions (ouvertes ultérieurement) :
L’inscription à la conférence à un tarif préférentiel aura lieu jusqu’au 31 mars 2022, les inscriptions seront cependant ouvertes jusqu’au 15 juin 2022.

Comité d’organisation

Sophie Béroud (Triangle, Lyon 2), Jérôme Blanc (Triangle, Sciences Po Lyon), Clément Coste (Triangle, Sciences Po Lyon), Tiphaine Duriez (LADEC, Lyon 2), Véronique Dutraive (Triangle, Lyon 2), Christophe Petit.

Comité Scientifique (en cours)

Accolas, Sophie (AFA) ; Arnsperger, Christian (Université de Lausanne) ; Boissière, Thierry (EVS, Lyon 2) ; Caillé, Alain (Université Paris Nanterre) ; Chambost, Anne-Sophie (Sciences Po Lyon) ; Giraud Gaël (Georgetown University, CNRS), Hart, Keith (Centre for the Advancement of Scholarship at the University of Pretoria, LSE) ; Hudson, Michaël (Institute for the Study of Long-Term Economic Trends - ISLET) ; Keen, Steve (University of Western Sydney) ; Lagalisse, Erica (LSE) ; Lallement, Michel (CNAM, Paris) ; Lou, Loretta (University of Macau, LSE) ; Méda, Dominique (Université Paris Dauphine, IRISSO) ; Orléan, André (EHESS, Paris) ; Pettifor, Ann (PRIME) ; Piketty, Thomas (Paris School of Economics) ; Servet, Jean-Michel (IHEID, Genève) ; Shah, Alpa (LSE) ; Silvestri, Paolo (Université de Turin) ; Théret, Bruno (IRISSO- Dauphine) ; Tiran, André (Université Lumière Lyon 2).

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