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Atelier Podcasté ▾ Sophie Paymal : Astuces et embûches, traduire Female Masculinity de Jack Halberstam

31 mai 2021

Atelier podcasté de FELiCiTE

Les ateliers suivis par les membres de FELiCiTE ont pris des formes variées suite au confinement, en fonction des inclinaisons de chacun·e : ateliers en direct sur zoom, coups de téléphone, e-mail, Slack, ... Certains ateliers ont eu lieu au sein de l’institution, d’autres sont restés plus confidentiels. Aujourd’hui nous vous proposons une forme d’atelier composite et asynchrone à déguster où que vous soyez : un atelier podcasté, ou le baladoatelier de FELiCiTE.

La première intervenante à relever le défi de la baladodiffusion, s’appelle Sophie Paymal. Participante indispensable et assidue de nos ateliers, elle propose ici sa lecture de Female Masculinty de Jack Halberstam, à partir d’extraits de sa traduction en cours.

Vous pourrez la suivre dans ses explorations traductives grâce aux extraits présentés ci-dessous, ou en vous reportant directement à l’ouvrage suivant : Jack Halberstam, Female Masculinity, Duke University Press, 2018 [1998] : pp. 13, 73, 137, 8, 28, 29 et 67.

Vous pouvez réagir en nous laissant un commentaire sur la page officielle du podcast.

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Extraits choisis et traduits par Sophie Paymal

1 :
p. 13 « A queer methodology, in a way, is a scavenger methodology that uses different methods to collect and produce information on subjects who have been deliberatly or accidentally excluded from traditional studies of human behavior. The queer methodology attempts to combine methods that are often cast at odds with each other, and it refuses the academic compulsion toward disciplinary coherence. »

« Une méthodologie queer est, en un sens, une méthodologie charognarde qui utilise différentes méthodes pour collecter et produire des données sur des sujets qui ont été délibérément ou accidentellement exclus des études traditionnelles du comportement humain. La méthodologie queer combine des méthodes dites contradictoires et refuse l’obsession scientifique pour la cohérence disciplinaire. »

2 :
p. 73 « […] in the early nineteeth century, it is obvious, sexual activity between women flourished in spaces were the masculine woman trespassed on male sexual privilege and created not « a female world of love and ritual » but an exciting sexual landscape dominated by the female husband and the tribade ».

« […] au début du siècle, les rapports sexuels entre femmes prospèrent quand les femmes masculines pénètrent par effraction dans les privilèges sexuels des hommes et créent non pas un « monde de femmes, d’amour et de rituels », mais un paysage sexuel bel et bien excitant dominé par les figures du mari [female husband] et de la tribade. »

3 :
p. 137 « The scene continues in this way, and now the lover takes a turn with the vibrator, and the narrator tickles her neck, nibbles her ear, and inserts fingers into vagina, being careful never to give the impression of fucking and never to lose control in such a way that the scene would degenerate into something pornographic.
This sex scene has more in common with a Kinsey report than a porno story. And this is an example of the kind of feminist sex that was supposed to avoid the patriarchal pitfalls of fucking, sucking, rubbing, biting, dildo wearing, and role playing. »

« La scène se poursuit, et c’est maintenant au tour de l’amante de prendre le vibromasseur tandis que la narratrice lui chatouille le cou, lui mordille l’oreille et insère des doigts dans son vagin, en faisant bien attention à ne jamais donner l’impression qu’elles baisent et à ne jamais perdre le contrôle sur ce qui pourrait dégénérer en scène pornographique.
Cette scène de sexe a plus en commun avec l’échelle de Kinsey qu’avec une histoire porno. Et c’est un exemple du typique du sexe féministe qui était censé éviter les pièges patriarcaux dans lesquels on baise, on suce, on frotte, on mors, on porte des gode et on joue des rôles. »

4 :
p. 8 « Because she does not desire in conventional ways, Frankie seeks to avoid desire altogether. Her struggle with language, her attempts to remake herself through naming and remake the world with a new order of being, are ultimately heroic, but unsuccessful. McCullers’s pessimism has to do with a sense of the overwhelming “order of things,” an order that cannot be affected by the individual, and works through things as basic as language, and forces nonmembers into memberships they cannot fulfill. »

« Parce qu’elle ne désire pas selon les manières conventionnelles, Frankie cherche à éviter totalement le désir. Sa bagarre avec le langage, ses tentatives pour se remodeler elle-même par la dénomination et pour refaire le monde selon un nouvel ordre d’être se révéleront héroïques mais sans succès. Le pessimisme de McCullers est dû à un « ordre des choses » accablant que l’individu ne peut pas modifier, qui agit dans des dimensions aussi fondamentales que le langage et qui oblige celles et ceux qui ne font partie de rien à intégrer des groupes dans lesquels ils ne peuvent se réaliser. »

5 :
p. 28 : « One might imagine that even a hint of feminity sullies or lowers the social value of maleness while all masculine forms of femaleness should result in an elevation of status. »
A) « On pourrait penser qu’une once de féminité suffirait à rabaisser la valeur sociale de la masculinitude ou à la salir, tandis que n’importe quelle forme masculine de féminitude devrait déboucher sur une élévation du statut social. »
B) « On pourrait penser qu’à peine une once de féminité suffisse à entacher ou rabaisser la valeur sociale d’un homme et que n’importe quelle forme de masculinité chez une femme débouche sur une élévation du statut social. »

6 :
p. 29 : « […] female masculinity is not simply the opposite of female feminity, nor is it a female version of male masculinity. Rather, as we shall see in some of the artwork and gender performance to follow, very often the unholy union of femaleness and masculinity can produce wildly unpredicable results. »

« la masculinité des femmes [n’est] ni l’exact opposé de la féminité des femmes ni une version efféminée de la masculinité des hommes. Comme nous allons le voir dans l’iconographie et les performances de genre qui suivent, l’union sacrilège des femmes et de la masculinité peut bien souvent produire des résultats sauvagement imprévisibles. »

7 :
p. 67 : « Although the term « female husband » is often used to describe outright female transvestism and male impersonation, here I use it to describe women who played husband to married women who were either abandonned or neglected by their male husbands »
« Si le terme « mari » est souvent utilisé pour décrire sans équivoque le travestissement de femmes et l’incarnation de rôles masculins, je m’en sert ici pour décrire des femmes qui ont joué le rôle de mari auprès de femmes qui ont été soit négligées, soit abandonnées par leurs hommes. »