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Interview de Guillaume Faburel : « Il faut en finir avec le genre métropolitain »

12 mars 2021, Site web Géographies en mouvement

Présentation

Dans son dernier ouvrage, Pour en finir avec les grandes villes (Le Passager clandestin), Guillaume Faburel s’en prend aux métropoles. Entre catastrophe écologique et confiscation de la politique, le géographe revient avec nous sur les principaux reproches qu’il adresse aux grandes villes et les solutions qui, d’après lui, s’imposent.

Géographies en mouvement – Les titres de vos deux derniers ouvrages (Pour en finir avec les grandes villes, 2020, et Les Métropoles barbares, 2019) sont pour le moins explicites. Que reprochez-vous donc aux grandes villes ?

Guillaume Faburel – Il y a évidemment les maux sociologiques qui commencent à être assez connus tels que la gentrification et la ségrégation, mais surtout l’éviction des plus pauvres. Mais, il existe trois autres types de problèmes moins renseignés et étroitement reliés.
Premièrement, les grandes villes artificialisent de plus en plus les espaces de vie et plus encore l’entièreté des territoires pour les alimenter (ce qui est désastreux du seul point de vue écologique).

Ce qui provoque, et c’est le deuxième problème, une aseptisation de nos existences et de nos expériences urbaines qui sont de plus en plus mal vécues. Sentiments d’accélération sans fin et de stimulations incessantes, sensations d’asphyxie et de saturation, au point d’un rejet anthropologique croissant de certains styles de vie urbains.

Enfin, pour qu’on tienne tous ensemble au même endroit avec les effets écologiques et anthropologiques mentionnés, on doit finalement être dépossédé de notre capacité directe d’action. On délègue notre puissance à des forces politiques et institutionnelles. Ce qui nous fait perdre notre capacité à façonner notre habiter. Au-delà d’un environnementalisme gestionnaire ou d’une écologie punitive, les villes nous font perdre notre autonomie écologique. Par leurs peuplement et densité, les métropoles gouvernent de plus en plus nos corps et augmentent leurs biopouvoirs, nous dépossédant de notre propre puissance. Les démocraties urbaines n’ont donc rien de réellement démocratiques. La métropolisation du monde est un problème fondamentalement politique.

  • Guillaume Faburel :

    Professeur d’études urbaines à l’Université Lumière Lyon 2

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