/ Colloques - journées d’étude

« Travail digital et capitalisme émotionnel », séminaire co-organisé par le pôle Post Western Sociology in Europe and in China et le chantier transversal Travail, Mobilisation, Internationalisation

21 juin : 14h00 - 18h00, à l’ENS de Lyon, site Descartes, salle D4.314

Programme

14h -14h45 : Introduction par Laurence Roulleau-Berger, directrice de recherche au CNRS et directrice française de l’IAL Post-western Sociology in Europe and in China
« Travail digital, conpressed individual, et capitalisme émotionnel »

Au cours des 40 dernières années, les capitalismes se sont reconfigurés et externalisés. Un capitalisme sans visage est apparu : le capitalisme de plateforme. Les économies numériques ont pris un statut majeur dans la production des marchés mondiaux non occidentaux, notamment asiatiques. Le travail numérique s’inscrit dans un nouvel esprit du capitalisme en exacerbant l’intensité des régimes de travail hégémoniques locaux et mondiaux. Dans le travail numérique, la flexibilité et la mobilité apparaissent comme les principales normes d’action dans la construction d’une économie de l’enrichissement qui contribue à l’avènement du capitalisme global. De nouvelles inégalités sociales sont produites dans la production d’un cybertariat, de cyber-classes supérieures et de cyber-classes moyennes. Les individus sont pris dans des situations de double-bind, entre hétéronomie et autonomie au travail. Dans les économies numériques, les compressed modernities– au sens de Chang- se traduisent par une hyper-commercialisation des émotions transformées en emodities -selon Eva Illouz- dans des régimes de travail liés au capitalisme émotionnel. Dans les économies numériques, un compressed individual a intériorisé l’injonction de faire face aux contraintes économiques et de produire un récit d’auto-optimisation/de performance de soi dans la société globale.

14h45-15h30 : Béatrice Zani, Postdoctoral Research Fellow, McGill University :
« L’e-entrepreneuriat des cyber-familles transnationales migrantes. Le cas des femmes chinoises à Montréal »

De nouvelles cyber-familles chinoises transnationales émergent entre la Chine et le Canada. Dans un contexte de disqualification dans l’emploi, d’inégalités sur le marché du travail canadien et de déplacements familiaux, ces entrepreneurs migrants déploient de nouvelles stratégies. Les maris des femmes chinoises sont conduits à remigrer en Chine, tandis que celles-ci restent au Canada et mettent en place des e-commerces en collaboration avec leurs époux. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) mobilisées dans leurs relations à distance transforment à la fois leurs pratiques d’entrepreneuriat et leurs intimités.

15h30-16h : discussion

16h-16h15 : pause

16h15-17h : Liu Yuting, PhD Student ENS Lyon (Triangle), East China Normal University :
« Digital work, China’s new capital space and digital multiculturalism »

As part of the global process of digital capitalism, China’s social media platforms have become not just online cultural spaces but also a new capital space and work platform. Digital work has increased opportunities to break through spatial and temporal boundaries and cultural borders in resonance with the platform economy. Since 2017, more and more transnational bloggers have joined digital work on Chinese social platforms. The thesis builds on three linked theoretical frameworks and core problems. (1) The rise of the digital economy and the typology of digital work. We will examine the lineage of China’s digital economy with platforms at its core while typifying the current wealth of digital work forms in order to better position transnational bloggers in China’s new capital space. (2) Multiple digital identities, emotional capitalism and digital work. The theoretical hypothesis is that under the influence of digital technology, transnational bloggers construct multiple digital identities, at the subjective level : the injunction to ’become the self’, self-liberation and performing self ; at the objective level : demographic and sociological identities such as nationality, occupation, education level and social capital. The digital work practices of transnational bloggers take place within a framework of emotional capitalism, where they export rich cultural commodities through their creative work (not only information, knowledge, images and videos in digital form, but also the self that is presented to the audience through the performance of the self) to attract and maintain the attention and emotions of the audience, and then transform the emotional capital into economic capital or emotional value. (3) Cultural selves, cosmopolitanism and digital multiculturalism. In essence, transnational bloggers are a vehicle for multiculturalism. They engage in digital work as singular individuals. On a cultural level to realize their dreams while also expanding the picture of cultural cosmopolitanism and economic cosmopolitanism in China’s social media space. We will argue how digital technology, cosmopolitanism and racism construct a divided cultural self and how cultural self and digital work have shaped new digital multiculturalism.

17h-17h30 : discussion

17h30-17h45 : conclusion par Laurence Roulleau-Berger et Béatrice Zani


Séminaire co-organisé par le Pôle Post Western Sociology in Europe and in China et le Chantier transversal Travail, Mobilisation, Internationalisation.

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