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Ateliers FELiCiTE

FELiCiTE : Féminismes En Ligne : Circulations, Traductions, Editions

Le projet est porté par une équipe pluridisciplinaire au sein du LabEx COMOD et du laboratoire Triangle (UMR 5206) à Lyon. FELiCiTE est constitué de trois volets. Il regroupe :

Argumentaire

Par manque de traductions, on a vu parfois certains champs scientifiques prendre des années de retard en France, et cela de manière particulièrement significative pour les études de genre (Möser 2013). Considérant la traduction dans la tradition de l’herméneutique (Ricœur 1968, 1970, 1978, 2004 ; Wilhelm 2014), nous souhaitons l’inscrire au cœur de nos pratiques de recherche en études de genre. Pour cela, nous avons pour projet de mettre en place des ateliers de traduction qui s’appuieraient à la fois sur la constitution d’un collectif de traducteurs·rices et chercheur·es spécialisé·es en études de genre (basé·es à Lyon : UMR Triangle/LabEx COMOD), et sur la création coordonnée d’une plateforme collaborative de traduction ainsi que d’une revue électronique de textes traduits avec comité de lecture.

Traduire en tant que féministe n’est pas un acte neutre. Comme l’ont conceptualisé, dès les années 90 au Canada, des spécialistes de la traduction de textes féministes (de l’anglais vers le français et vice versa) comme Susanne de Lotbinière-Harwood (Lotbinière-Harwood 1991), la traduction permet à la fois une réappropriation des concepts de la langue source, mais également l’affirmation d’une langue « féministe » face au « discours patriarcal » et face à des siècles d’invisibilisation des femmes et d’assise androcentrique dans la langue cible, depuis la normalisation du français au XVIIe (Candea, Chevalier, Duverger et Houdebine 2016). Traduire en féministe permettrait donc un « affranchissement du discours dominant » (Delisle 1993) dans la langue cible mais aussi un affranchissement des traditions traductologiques basées sur « des métaphores sexuelles ou sexistes » (Wilhelm 2014) comme celle de l’herméneutique de l’élan et de la pénétration (George Steiner 1978) ou comme celle de beauté vs fidélité en traduction, inventé par Gilles Ménage et développé par Georges Mounin (Mounin 1992) (sur la critique de la métaphore des Belles infidèles voir par exemple Chamberlain 1988, Von Flotow 2014). Nous pourrions pour cela nous appuyer sur ce que nous pouvons appeler une traductologie féministe, comme celle de Lori Chamberlain (Chamberlain 2004), de Susan Bassnett (Bassnett 1993), de Gayatri Spivak (Spivak 1996).

Cependant nous nous appuierons également sur d’autres traductologues comme Rosemary Arrojo. En effet, celle-ci (Arrojo 1994) critique à son tour la violence faite au texte source assumée par des traductrices féministes comme Suzanne Jill Levine, pour des raisons politiques. Rosemary Arrojo rappelle que si Jacques Derrida voyait la traduction comme une « écriture productive », et une forme de texte « original », il ne peut en aucun cas servir de caution à la subversion volontaire des textes sources. Pour elle « la traduction est vraiment sujette à ce que nous pourrions appeler, via Derrida, un « double lien », c’est à dire, qu’elle est la fois […] possible et impossible, à la fois protectrice et abusive, et à la fois fidèle et infidèle, à la fois production et reproduction de sens. » Il est important, dans cette perspective, elle aussi féministe, de réfléchir aux formes d’affranchissement respectueuses des textes cibles, comme par exemple une utilisation de l’écriture inclusive contextuellement justifiable (utilisation de celle-ci quand on ne peut déterminer du texte original si on parle d’hommes ou de femmes).

Démarches méthodologiques

Ateliers et traductologie féministe

Les ateliers réguliers réunissant les traducteurs·rices impliqué·es dans un projet en cours seront l’occasion d’une transmission de savoir-faire. Les textes en cours de traduction pourront y faire l’objet de discussions autour des concepts traduits et de leur réception sémantique dans la langue cible. Ces séances pourront aussi être l’occasion d’aborder d’autres problèmes de traductologie : Faut-il rester proche du texte source ou se rapprocher de la langue cible selon le type d’édition (Ladmiral 2014) ? Comment vérifier le vocabulaire d’une époque ? etc. Mais, nous aborderons également des problèmes spécifiques à ce que nous pourrions appeler une traductologie féministe : par exemple une réflexion sur « l’éthique en traduction » (Van Wyke 2013), une remise en question des métaphores de la traduction (Chamberlain 2014), ou tout simplement, d’un point de vue grammatical, comment traduire en français un substantif anglais neutre comme « partner » alors que les équivalents français sont soit masculins soit féminins ? Il faudra pour cela, à la fois s’aider du contexte d’énonciation, mais également d’ outils disponibles dans la langue cible, comme la féminisation.

Binômes pour les traductions

Sur le modèle de la programmation en binôme (peer-programming) – pratique qui a contribué à une amélioration de l’intégration des femmes dans les cursus informatiques à l’université (Braught, Wahls et Marlin Eby 2011) et qui a été éprouvée depuis 12 ans dans notre laboratoire autour des projets d’Humanités Numériques – nous privilégierons le travail à deux personnes, avec l’échange des rôle traducteur·rice conducteur·rice et traducteur·rice observateur·rice. La plateforme de traduction permettra d’effectuer cette collaboration à distance (Schenk, Prechelt et Salinger 2014). Par exemple, chacune des deux personnes travaillera de manière approfondie (en tant que traducteur·rice conducteur·rice) sur un texte. L’autre personne s’occupera (en tant que traducteur·rice observateur·rice) de la relecture de l’ensemble du texte de l’autre, et lui proposera des corrections / amendements. Cette organisation permet à la fois la spécialisation du/de la traducteur·rice conducteur·rice dans un domaine spécifique, mais également l’acculturation au domaine de spécialité de l’autre en tant que traducteur·rice observateur·rice. Cette méthode de travail en binôme permet en effet (comme lors de l’écriture d’un code informatique qui est un texte d’instruction écrit dans un langage informatique), un repérage des erreurs plus rapide et une meilleure qualité du texte (Cockburn et Williams 2000).

Une plateforme collaborative de traduction

Une plateforme collaborative de traduction faciliterait ce travail à distance. Les administrateurs·rices pourraient y gérer les comptes, les projets, et les processus de validation des textes (multipostage de la traduction anonymisée à différentes adresses mail pré-enregistrées des membres du comité scientifique). Les utilisateurs·rices traducteurs·rices pourraient y créer des projets autour d’un texte à traduire (import du texte, renseignement des métadonnées, des droits), et proposer en regard, une traduction dans une langue choisie, avec possibilité de réorganiser les segments mais également de créer un concordancier pour chaque mot problématique du texte source. Sa tâche serait facilitée par un éditeur de style (italiques, etc.) mais également par la possibilité d’ajouter des commentaires en marge. Le/la relecteur·rice choisie pourrait apporter d’autres commentaires suggérant des améliorations ou compléter la traduction.

Revue : Validation par un comité scientifique et publication en ligne

Chaque traduction finie sera envoyée par les traducteurs·rices ou un.e administratrice « éditrice » de la plateforme au comité scientifique. Chaque texte validé par le comité scientifique sera corrigé (d’après les remarques du comité) avant une publication sur la revue scientifique FELiCiTE : Féminismes En Ligne : Circulations Traductions & Editions.

Aller plus loin : édition critique

Les traducteurs·rices gardent les droits acquis précédemment sur la traduction et pourront ré-utiliser leurs textes pour des traductions enrichies (apparat critique, préfaces explicatives, etc.) dans des ouvrages scientifiques (ouvrages collectifs, anthologies, etc.).

Voir la bibliographie du projet

Plus d’infos sur notre blog

Prochaines dates

Dates récentes

  • Rentrée de FELiCiTE
    21 septembre 2018, de 9h à 17h, en salle D4.260, à l’ENS de Lyon (site Descartes)

Voir aussi :

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