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Séminaire Monnaie entre unicité et pluralité (archives 2013-1er semestre 2016)

Responsable(s) scientifique(s) : Jérôme Blanc - 

La monnaie entre unicité et pluralité : regards pluridisciplinaires et enjeux de théorisation

Présentation

Ce cycle de séminaires de recherche est co-animé par les laboratoires Triangle (UMR 5206) et IRISSO (UMR 7170). Il est soutenu par l’Institut Caisse des dépôts et consignations pour la recherche.


Il vise à explorer la question de la pluralité des monnaies dans la variété de ses aspects, depuis des approches monographiques, comparatives ou théoriques jusqu’à des approches prospectives et propositionnelles.

Ce cycle de séminaires poursuit et infléchit une dynamique de recherche collective pluridisciplinaire engagée dès 1993 avec le soutien de l’Institut CDC pour la recherche, qui a profondément marqué et renouvelé les travaux sur la monnaie dans le monde francophone et au-delà (latino-américain principalement). Cette dynamique a été marquée par la continuité de la thématique (des travaux interpellant la nature de la monnaie pour en renouveler la théorisation) et de la méthode employée (la mobilisation de regards disciplinaires différents pour monter en généralité via une théorisation / conceptualisation interdisciplinaire). Elle a progressivement infléchi sa problématique : partant du rapport à la légitimité et à la souveraineté de la monnaie (cycles de 1993-1995 puis 1995-1997 ayant donné lieu à deux publications collectives (Aglietta et Orléan, dir., 1995 puis 1998), elle a ensuite interrogé la question des crises monétaires, par lesquelles se dévoile la nature de la monnaie (cycle organisé de 1999 à 2004 à la Maison des sciences de l’homme de Paris, qui a débouché sur un ouvrage collectif en deux volumes, Théret, dir., 2007) puis l’articulation problématique et complexe entre souveraineté monétaire et souveraineté politique (cycle engagé à Sciences Po Paris en 2008 et clôt fin 2011, qui donnera lieu à la publication d’un ouvrage sous la direction de Bruno Théret, à paraître en 2012-13).

La question de la pluralité des monnaies s’impose progressivement dans l’univers de la recherche. Elle s’oppose à la conception unificatrice de la monnaie qui caractérise la pensée monétaire dominante depuis l’après-guerre (mais déjà en voie de généralisation au cours du XIXe siècle) jusqu’à aujourd’hui, et qui est associée à la généralisation d’un régime monétaire inédit au plan historique, centré sur un monopole de la monnaie que définit l’Etat et dont la régulation est confiée à une banque centrale. Cette conception unificatrice fait l’objet de critiques croissantes. D’un point de vue doctrinal et théorique, le courant, ancien, de la banque libre (free banking) a été renouvelé (par exemple, Selgin et White, 1994), tandis que Hayek a théorisé la « dénationalisation de la monnaie » (Hayek, 1978) et que la New Monetary Economics a théorisé un univers où la monnaie fiat est substituée par des actifs financiers (notamment Fama 1980, Hall 1981, Greenfield et Yeager 1983). D’un point de vue empirique, à partir des années 1970 les monnaies nationales ont été fortement contestées par des processus de dollarisation, en Amérique latine, dans les Pays d’Europe centrale et orientale post-système soviétique et dans d’autres régions du monde, ce que les économistes ont beaucoup étudié (par exemple, Girton et Roper, 1981). Enfin, des contestations citoyennes de l’ordre monétaire dominant, conduisant à la mise en œuvre de projets monétaires locaux ou communautaires se sont multipliées depuis les années 1980 (voir par exemple North, 2006 et Blanc, dir., 2006). Ces contestations sont d’ailleurs relayées, structurées et théorisées par des figures nationales voire internationales dont les ouvrages sont largement diffusés, certains traduits en plusieurs langues (notamment Viveret 2003, Kennedy et Lietaer 2008, Greco 2009).

Les débats sur l’unification monétaire européenne à partir des années 1970 et le rapport Werner ont, quant à eux, été pleinement situés dans cette articulation entre unicité de la monnaie et pluralité : le projet initial d’union monétaire du rapport Werner (1970), qui est rapidement abandonné, est contesté par le « Manifeste de la Toussaint » qui propose une monnaie commune pour l’Europe dont l’usage est renvoyé à une sélection marchande (Basevi, Fratianni, Giersch et alii, 1975) ; le spectre de l’unicité resurgit à la fin des années 1980 avec le rapport Delors (1989), dont la contestation provisoire donne lieu à des contre-propositions de monnaie commune et de pluralité monétaire (proposition Lawson, proposition Major) (Featherstone et Dyson, dir., 1999). La montée des tensions au sein de la zone euro à partir de la fin des années 2000 conduit à faire réémerger les débats en la matière, qui ne se résument pas à l’alternative entre d’un côté l’unicité de la monnaie dans la zone euro et de l’autre l’existence de monnaies nationales qui seraient uniques sur leur territoire de souveraineté. En attestent les propositions faites successivement en mai et juin 2012 par l’ex chief economist de la Deutsche Bank et un haut responsable chez Edmond de Rothschild Investment Managers que la Grèce établisse une monnaie parallèle à l’euro.
De manière générale, la vision commune selon laquelle la monnaie est associée à l’Etat, et, dans ce cadre, unique, est ainsi critiquée de manière croissante (Cohen, 1998 ; Gilbert et Helleiner, dir., 1999 ; Blanc, 2000 ; voir aussi de nombreux textes de Théret, dir., 2007).
C’est sur cette tension entre unicité et pluralité des monnaies que le cycle de séminaires entend faire converger les travaux de chercheurs d’origines disciplinaires différentes (économistes, sociologues, historiens, anthropologues, juristes, politistes).

Axes de déploiement du séminaire

Les journées de séminaires seront structurées autour de deux présentations (un par demi-journée) et un temps de discussion collectif final.
Les travaux pourront porter sur les quatre grands axes suivants :

  • les discours économiques quant à leur conception et leur articulation de l’unité et de la pluralité monétaires (1),
  • études empiriques de l’unicité et de la pluralité monétaires dans l’histoire et dans les sociétés (2),
  • analyse du rapport de l’unicité et de la pluralité à la souveraineté et aux régimes du politique (3)
  • conditions de viabilité et d’efficacité de régimes monétaires d’unicité et de pluralité (4).

Responsables

  • Jérôme Blanc (maître de conférences HDR, université Lumière Lyon 2 et laboratoire Triangle, UMR 5206)
  • Bruno Théret (directeur de recherches émérite, CNRS, laboratoire IRISSO, UMR 7170).

Archives

Archives des séances du 1er semestre 2013 (pdf)

  • Marie Cuillerai et Alexandre Roig
    30 janvier 2015, de 10h à 17h, dans les locaux provisoires de la FPH et de l’Institut Veblen au 2, pl. du Colonel Fabien, Paris 19e

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