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Journée d’étude : « Penser l’utopie aujourd’hui avec Paul Ricoeur »

15 novembre 2018, de 10h à 17h, à l’ENS de Lyon, site Descartes (salle D2.304 : salle Desanti)

Présentation de la journée

Il y a, depuis peu, en philosophie, un certain renouveau de l’utopie, pour ne pas dire une certaine mode, si bien que l’on ne peut plus écrire, comme le faisait encore récemment Miguel Abensour, qu’elle a aujourd’hui mauvaise presse, en étant considérée comme un concept désuet et dangereux [1].
Or, dans les débats contemporains qui ont précisément pour enjeu de penser l’utopie, contre le risque d’en faire simplement une tendance - ce qui serait une autre façon de prolonger son discrédit - il est frappant de constater que les travaux de Paul Ricœur sont injustement très peu ou pas du tout cités, comme s’ils étaient de faible importance. Au contraire, Ricœur lui consacre de nombreux textes, dès les années 1960 comme le prouve dernièrement la publication de certaines de ses conférences dans Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale [2], mais aussi et surtout dans les années 1970, quand il est professeur à l’Université de Chicago. Ses cours ont été publiés dans L’idéologie et l’utopie, sans oublier Du texte à l’action. Essai d’herméneutique, II [3]. D’autres textes dans les années 1980-1990 attestent la permanence de l’utopie dans sa pensée, plus généralement de l’ « unique problème » de la « créativité » qu’il ne cesse de travailler depuis qu’il a « commencé à réfléchir » [4]. Son Dialogue sur l’histoire et l’imaginaire social avec Cornelius Castoriadis ne peut être compris que sous cet angle [5]. Ricœur s’intéresse à l’utopie pour sa dimension créatrice, en lien avec la figure de l’imaginaire social moderne, qu’il traduit sur le plan politique par la tension conflictuelle entre l’idéologie et l’utopie sous l’influence de Karl Mannheim. La vie politique démocratique deviendrait lettre morte sans l’utopie, c’est-à-dire à la fois si n’existait plus une capacité de se projeter dans l’avenir ou de l’imaginer, comme figure d’un désir, et s’il n’était plus possible d’exercer de contre-pouvoir, ou d’élaborer un contre-discours pour contester l’ordre social établi. Une société démocratique est morte si elle n’a plus de pouvoir créateur, d’élan, et d’élan contestataire pour se remettre en cause et se protéger de la dimension idéologique du pouvoir politique mis en place.
L’enjeu de la journée d’étude, en conséquence, sera de montrer la richesse de la conception ricœurienne de l’utopie tout en la confrontant à notre époque. De quelles(s) manière(s) Ricœur pourrait-il être utile, aujourd’hui, pour saisir les conditions de possibilité de l’exercice utopique dans la vie démocratique ? Que pourrions-nous apprendre de l’utopie contemporaine en la replaçant dans la figure plus générale de l’imaginaire social moderne, toujours en lien avec l’idéologie, dont elle est le pendant ou le contrepied ? Par quels critères, à l’aide de Ricœur, pourrions-nous qualifier ce qu’il appelait l’ « utopie pratique », aussi bien pour la déterminer (distinguer ce qui est utopique de ce qui ne l’est pas), la juger (bonne ou mauvaise), et favoriser les conditions de son émergence, dans le domaine de la politique ?

Journée animée et organisée par Sébastien Roman, agrégé, docteur en philosophie

Programme

  • 10h-10h15 : accueil des participants et présentation par S. Roman de la journée.
  • 10h15-11h00 : Jean-Luc Amalric (professeur de philosophie en CPGE, co-directeur de la revue Études Ricœuriennes, chercheur associé au CRAL – EHESS), « Le statut de l’utopie dans la philosophie de l’imagination de Ricœur »
  • 11h-11h15 : discussion
  • 11h15-12h00 : Olivier Mongin (philosophe, directeur de publication des revues Esprit et Tousurbain), « L’utopie dans le parcours de Ricœur. Du principe espérance au principe responsabilité ».
  • 12h00-12h15 : discussion
  • 12h15-13h45 : repas
  • 13h45-14h30 : Jean-Louis Schlegel, (sociologue des religions, secrétaire du Comité éditorial du Fonds Ricœur), « Utopie, espérance, et théologie »
  • 14h30-14h45 : discussion
  • 14h45-15h30 Joël Roman, (philosophe, membre du comité de rédaction de la revue Esprit), « Utopie, histoire, et identité collective : la question de l’imaginaire sédimenté et de l’innovation »
  • 15h30-15h45 : discussion
  • 15h45-16h00 : pause
  • 16h00-17h00 : table ronde (ou dernière intervention de Sébastien Roman, (agrégé, docteur en philosophie, chercheur associé au laboratoire Triangle, UMR 5206) « In concreto : de la difficulté de distinguer une bonne d’une mauvaise utopie, et l’idéologie de l’utopie »)

[1Voir M. Abensour, « L’homme est un animal utopique. Entretien avec Miguel Abensour », S. Dayan-Herzbrun et al., Mouvements, 2006/3 no 45-46, p. 76.

[2P. Ricoeur, Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale, Genève, Labor et Fides, 2016.

[3P. Ricoeur, L’idéologie et l’utopie, (1986), Paris, Seuil, 1997 ; Du texte à l’action. Essai d’herméneutique, II, Paris, Seuil, 1986.

[4P. Ricœur, Philosophie, éthique et politique, Paris, Seuil, 2017, p. 91. La question de l’utopie se retrouve dans plusieurs textes regroupés dans cet ouvrage.

[5P. Ricœur, C. Castoriadis, Dialogue sur l’histoire et l’imaginaire social, Paris, EHESS, 2016.

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