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Colloque international : « La réception de l’œuvre de Robert Owen sur le Continent (premier 19e siècle) »

4 juin 2018 - 5 juin 2018, au Worcester College, Oxford (4 juin) et à la Maison française d’Oxford (5 juin)

Thématique du colloque

Les idées et les expérimentations d’Owen (1771-1858) et des owenistes ont trouvé en Europe continentale et dans le monde de très nombreux ports d’attache depuis le XIXe siècle. Si J.F.C. Harrison l’a prouvé il y a près de quarante ans pour les États-Unis, il reste encore beaucoup à faire pour compléter un jour ce tableau concernant les autres aires, et notamment le Continent.

Dans le contexte de ce colloque, l’accent sera mis sur les relations qui se tissent principalement, mais pas seulement, avec la France et les Français des années 1816-1858. Là, les premières références à Owen datent de 1816 lorsqu’une première traduction paraît dans la Bibliothèque universelle des frères Pictet, et alors que les relations franco-britanniques se réagencent sur de nouvelles bases après les décennies de conflit à l’échelle européenne. Deux ans plus tard, avant de gagner Aix La Chapelle, Owen passe à Paris ; ses mémoires au congrès de la Sainte-Alliance sont rapidement traduits en Français et le bruit court alors que Bonaparte l’aurait lu sur l’île d’Elbe. En 1826-1828 la première grande publication française d’Owen paraît sous la plume de Rey. Un premier groupe owénisant se dessine peu à peu. Les saint-simoniens, Fourier et les fouriéristes, Flora Tristan, Cabet, Dézamy, beaucoup d’autres dans l’univers socialiste et au-delà observent de près ce qui se passe outre-Manche autour d’Owen. Présent à Paris en 1837 et en 1848, à l’initiative de divers acteurs du socialisme français tel Jules Gay, Owen est jusqu’à sa mort en 1858 et bien au-delà une figure éminente du débat politique, social et intellectuel français.

Dès sa mort paraissent les premières biographies et commencent à se structurer des mythes qui ne cessent par la suite de modeler l’histoire et la mémoire de cet homme et de son action individuelle ou collective. Si Owen et l’owenisme jouent un rôle décisif dans les évolutions intellectuelles du XIXe siècle, ils restent trop souvent négligés par l’historiographie. En France, les premières recherches pionnières de Jacques Gans et Henri Desroche dans les années 1960-1970 n’ont guère fait d’émules.

Sur les liens entre Owen-owenisme et la France, dès cette période les avis divergent. Le polémiste Edward Hancock voit dans le coopératisme owénite une pure et simple « englishfication » du saint-simonisme alors que Victor Considerant et Pierre Leroux font de l’icarianisme d’Etienne Cabet un décalque français de l’owenisme. Malgré les anathèmes de Fourier contre Pièges et charlatanisme des deux sectes Saint-Simon et Owen (1831) les fouriéristes sont très largement marqués par les owénistes tandis qu’à travers Hugh Doherty et quelques autres Fourier connaît une postérité anglaise digne d’intérêt. En bref, l’owenisme ouvre sur un univers particulièrement riche complexe d’idées et de pratiques, d’échanges et de débats, qu’il convient d’explorer à nouveaux frais pour affiner notre regard sur cette époque de bouleversements décisifs.

Depuis les analyses de Marx et Engels et celles de Beatrice et Sidney Webb à la fin du XIXe siècle, Owen reste considéré en Grande-Bretagne comme le père fondateur du socialisme et de la coopération. Sa trajectoire comme industriel philanthrope du coton à New Lanark, ses expériences communautaires qui échouent aux États-Unis (seconde moitié des années 1820), son action dans la structuration d’un mouvement ouvrier au début des années 1830 et dans les années suivantes. Voilà qui contribue à en faire une figure majeure des débats politiques et sociaux de la première moitié du XIXe siècle. Le rôle de l’owenisme comme matrice du mouvement ouvrier britannique, son influence sur le chartisme et l’évolution du radicalisme anglais sont bien connus. Ce qui est moins documenté, ce sont les circulations, les interprétations et reformulations, les logiques de transfert et d’usage à l’oeuvre en France mais aussi ailleurs en Europe, en Amérique latine, en Asie, dans les mondes coloniaux.

À travers la figure d’Owen et l’histoire du mouvement qu’il a fait naître il s’agit avec ce colloque de proposer un double mouvement : explorer les échanges franco-britanniques à l’ère des Révolutions ; placer la question politique et la question sociale au cœur de l’analyse. On souhaite suivre la présence physique d’Owen en France, mettre en évidence ses principaux contacts (figures isolées, groupes et réseaux d’acteurs qui ont favorisé sa présence et sa notoriété), suivre la trace d’owenistes britanniques en France ou d’owenistes français en Grande-Bretagne mais aussi mettre en perspective une pensée elle-même complexe avec les débats de l’époque sur le libéralisme, le républicanisme, l’émergence complexe d’un premier socialisme aux contours longtemps flous. Au-delà des controverses parfois très vives qui l’opposent à certains théoriciens socialistes comme aux économistes libéraux, Owen suscite selon les cas la curiosité, l’intérêt, l’enthousiasme, voire l’amour.. Ne permet-il pas de s’interroger sur l’invention de la science sociale, sur les débats religieux d’alors, sur la question sociale et la diversité des réponses qui lui sont apportées à l’heure de l’industrialisation de part et d’autre de la Manche ?
Si le colloque sera principalement centré sur la réception française de l’œuvre d’Owen, d’autres aires commenceront à être explorées : notamment, pour la Continent, l’Italie, l’Espagne et la Pologne, mais aussi pour la Grande-Bretagne, le cas irlandais.

En savoir +

Programme

Monday 4 June. 2-5pm, Hinton Room, Sultan Nazrin Shah Centre, Worcester College.

  • Gareth Stedman-Jones (Queen Mary, Univ. of London) : “Millennium and Enlightenment : Robert Owen and the Second Coming of the Truth’”
  • Thomas Bouchet (Univ. de Bourgogne) : “Les fouriéristes et Robert Owen”
  • Michel Bellet (Univ. de St-Etienne) : “La réception d’Owen par les saint-simoniens”
  • Michael Drolet (Worcester College, Oxford) et Ludovic Frobert (CNRS/ENS-Lyon) : “Education et pédagogie dans l’owenisme de Joseph Rey”

Tuesday 5 June. 9am-12pm, Maison française d’Oxford

  • Tom Hopkins (Christ’s College, Cambridge) : “Liberal economists and Owenism : Blanqui and Reybaud”.
  • Quentin Schwanck (ENS Lyon) : “Robert Owen’s influence on French Republicanism in the first half of the 19th century : the role of former Saint-Simonians and their networks (Pierre Leroux -Jean Reynaud- George Sand)”.
  • Nicolas Eyguesier (Univ. de St-Etienne) : “Robert Owen et les genevois : sa réception par Sismondi et Marc-Auguste Pictet”.
  • Fabrice Bensimon (Univ. College London) : “Robert Owen, Etienne Cabet and London continental exiles (1830s and 1840s)”.

Tuesday 5 June. 2-5pm, Maison française d’Oxford

  • Ophélie Siméon (Univ. Paris 3), “‘Goddess of Reason’ : Anna Doyle Wheeler, Owenism and the Rights of Women”.
  • José-Luis Menudo (Univ. Pablo de Olavide), Fernando Lopez Castellano (Univ. Granada) : “Robert Owen’s quest for the ‘new moral world’ in a non-industrialized country”.
  • Riccardo Soliani (Univ. Genova) et Vitantonio Gioia (Univ. Salento) : “Some notes on Owen’s reception in Italy”.
  • Piotr Kuligowski (Univ. Poznan) : “From rejection to historicization : the reception of Robert Owen’s ideas in the Polish context in the 19th century”.

Comité d’organisation

  • Michael Drolet (Worcester College, Oxford)
  • Ludovic Frobert (CNRS/Triangle)
  • Marie Thebaud-Sorger (CNRS/MFO).

Le colloque intervient dans le cadre du programme ANR Saint-simonisme 18/21 dont Triangle, GATE et MFO sont partenaires. Il participe également des programmes communs entre Triangle et la MFO.

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