/ Séminaire Politisation et participation

Marie-Christine Doran « Réveil démocratique et exigence de justice : Enjeux théoriques et méthodologiques pour comprendre les changements majeurs au Chili, de la post-dictature au projet d’Assemblée constituante »

30 mai 2016, 10h30-12h30, ENS de Lyon, 15 Parvis Descartes, Lyon 7è, Métro et Tram Debourg - Batiment Recherche, salle R253

Présentation

La séance est ouverte à tous

Marie-Christine Doran, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa (Canada).

A l’occasion de la publication de son ouvrage Le réveil démocratique du Chili, Une histoire politique de l’exigence de justice, Karthala, 2016, Marie-Christine Doran reviendra sur ses recherches sur les mobilisations collectives dans le Chili contemporain.

Juin 2011, « Printemps chilien » : mobilisés par centaines de milliers, les étudiants réclament une Assemblée constituante et une nouvelle démocratie fondée sur la justice. Quarante ans après le coup d’État de 1973, vingt et un ans après le début de la transition démocratique, le chemin parcouru est bien plus long que celui du simple rétablissement des institutions démocratiques et de l’alternance politique, comme le montrent l’effervescence sociale et l’exigence d’une nouvelle démocratie, présentes dans les manifestations de ce « Printemps chilien » au cœur de l’hiver austral.
Pourtant, en apparence imprévisible pour nombre d’observateurs, ce mouvement démocratique massif et sans précédent au Chili est fondamentalement lié à un profond processus de remise en question de la démocratie de consensus, érigée en modèle pour sa stabilité et son apparente absence de conflits sociaux. Les immenses mobilisations du Printemps chilien et leurs suites ne peuvent être expliquées sans une référence aux mobilisations pour la justice, prenant naissance dans la foulée de l’Affaire Pinochet, en octobre 1998. Ce premier grand mouvement social depuis le retour de la démocratie, reprenant l’exigence de justice dans son sens large, a pour effet central d’ébranler durablement la croyance en la légitimité de la démocratie de consensus : à partir du moment où il devient clair, pour une grande partie de la population chilienne, que la « démocratie sans justice n’est plus possible » il devient possible de penser la démocratie autrement que comme un simple « arrangement politique institutionnel » encadrant la stabilité économique.

Ainsi, comprendre le « réveil chilien » et la montée d’une demande sociale d’Assemblée constituante implique de comprendre d’où est venue cette profonde remise en cause, cette rupture avec un « modèle démocratique » où la paix sociale, la réconciliation, la « démocratie de bonne entente » et la croissance économique, qui faisaient la réputation du Chili jusqu’alors, ont été questionnées au nom de nouveaux idéaux démocratiques : la justice face à l’impunité à l’égard des violations des droits humains ; l’égalité et l’universalité des droits face au marché des compétences et des besoins.

Cette rupture profonde d’avec le « modèle chilien » repose sur un processus engendré par la construction d’un conflit autour de la justice, qui parviendra à être porteur de changements sociaux et politiques inédits au Chili. La création d’un conflit par l’action sociale ne peut pas être réduite à la canalisation de demandes sociales par un gouvernement ou un parti politique, mais elle inclut aussi une dimension critique de transformation des catégories mêmes du politique. Comme veut le montrer cet ouvrage qui en retrace les différentes étapes, ce conflit autour d’une définition large et polysémique de la justice devient éventuellement central et contre-hégémonique, en étant porteur d’une contestation radicale entre 2003 et 2005, dont les impacts toucheront de plus en plus profondément la société et la scène politique chilienne jusqu’à mener au projet d’Assemblée constituante en 2016.

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