/ Veille sur les humanités numériques

Digital Humanities 2014 : quelques résumés jour 1

Samantha Saïdi

Dans le cadre des Digital Humanities 2014, j’ai eu l’occasion d’assister à plusieurs conférences dont voici quelques résumés en français.

Revisionism as Outreach : The letters of 1916 Project

http://dharchive.org/paper/DH2014/Paper-855.xml

C’est le 1er projet irlandais DH utilisant le crowd-sourcing : Le projet Letters of 1916. Creating History. Il est dirigé par Susan Schreibman (Trinity College Dublin).
Ce projet vise à récupérer un maximum de matériaux sur la période nov 1915 / oct. 1916 : 6 mois avant et après l’insurrection de Pâques 1916 ("Easter Monday 1916", le 24 avril 1916) en rendant la plateforme d’archive accessible et utilisable par le public participatif (crowdsourcing) : le public peut donc s’enregistrer, télécharger, décrire, transcrire etc. des lettres, cartes postales, etc. de la période sur la plateforme.

Pour obtenir cette plateforme de crowdsourcing, l’équipe de Schreibman réutilisé des outils préexistant : OMEKA + Mediawiki, le Transcribe Bentham Mediawiki plugin, + avec un ajout de code développé par Les bib de l’université d’Iowa : DIYHistory.

Grâce au Transcribe Bentham Mediawiki plugin, on peut utiliser la TEI/XML transcription toolbar, qui permet de faire de la TEI minimale : mettre un morceau en évidence, donner une position dans le texte, caractériser une portion de texte, ajouter des sauts de ligne, des paragraphes, indiquer des problèmes d’orthographe, des ajouts, des biffures, des ajouts de marges présents dans un manuscrit. Par contre rien sur les entités nommées.

S. Schreibman et son équipe ont été très surpris par la qualité des transcriptions, mais aussi par celle de l’encodage. Depuis des années qu’elle enseigne la TEI à un public académique, elle a toujours senti de la réticence et de l’incompréhension parmi les chercheurs. Or, la toolbar étant minimale et intuitive, elle remarque qu’elle est très bien utilisée par le grand public. Cette expérience lui a donc permis de revoir son approche pédagogique dans l’enseignement de la TEI (« Instead of starting explaning : "Their 600 TEI tags divided in ..." I would rather make them use the Bentham Toolbar and then says : "By the way, in using this toolbar, you’re also doing TEI !" » et approfondir l’enseignement après).

DH on the Fringes : using Smartphones, Instagram, and Ruby on Rails to Archive the DH Experience at an HBCU

http://dharchive.org/paper/DH2014/Paper-393.xml

Ce projet pédagogique de création collaborative d’une archive de photos numériques de la vie étudiante de l’Université de Shaw (Shaw University), est mené dans un HBCU, un historically black colleges and universities, une université qui accueille des étudiants issus de milieux défavorisés et est très peu équipé technologiquement. Pourtant très éloigné de notre travail sur les corpus numériques à Triangle, ce projet m’a plu tout d’abord pour le regard critique qu’il porte sur les rapports entre milieux sociaux, origines / savoirs technologiques et moyens technologiques à disposition dans les universités publiques aux EU.

Ce projet est intéressant de part les outils pédagogiques qu’il a su mettre en place : de la mise en confiance à l’empowerment "numérique" d’un public peu qualifié avec des outils très simples : téléphones portables et une application open-source Ruby On Rails basée sur le moteur Lentil et hébergée sur Heroku pour collecter des photos Instagram. Un Wordpress pour le blog du projet.

Les étudiant.e.s de 1ère année n’ont plus qu’à se connecter à leur compte "Instagram", prendre des photos de leur vie sur le campus, les tagguer “#myshawu”, ce qui constituent souvent pour eux une première étape importante vers une autonomisation "numérique".

Z-Axis Scholarship : Modelling how Modernists write the City

http://dharchive.org/paper/DH2014/Paper-724.xml

(rappel : l’axe Z [Z-axis] est l’axe vertical dans une représentation 3D.)

Là, il s’agit de littérature et de 3D. Passionnant quand on aime les livres de J. Rhys ou de Djuna Barnes. Les acteurs du projet précisent que les cartes 3D obtenues n’ont pas de valeur scientifique, mais sont des outils d’interprétation des romans analysés.

Alex Christie est doctorant en Modernist Studies, Textual Studies et Digital Humanities à l’université de Victoria (Canada). Il travaille, entre autres, au projet MGR Modernist Versions Project et au Maker Lab. Au Maker lab on ne trouve pas que des techniciens, mais aussi beaucoup de doctorant.e.s : Adèle Barclay, Katie Tanigawa, etc (cf. l’équipe ici).

Les projets auxquels Alex Christie collabore font l’objet de la présentation de l’après-midi. Il s’agit de représenter en 3D des lieux géographiques existants (Paris, Dublin, etc.) et les distorsions dont ils font l’objet d’une fiction à l’autre. Le "Paris" de Djuna Barnes (Good Morning Midnight) est différent du "Paris" de Jean Rhys (Nightwood), le Dublin de Joyce dans Ulysse, différent du Dublin représenté dans d’autres fictions, etc.

On va donc marquer en 3D les localisations, les déplacements, le temps de lecture (nombre de mots d’un passage qui se passe à tel endroit) sur une carte.
La méthode pour faire ça est de récolter les localisations selon un modèle de données assez simple (vous pouvez récupérer le modèle sur Github) et les mots liés à cette localisation. Les cartes obtenues peuvent être comparées, etc.

Location Chapter Chapter Word Count Location Word Count Total Word count Ulysses Ratio
Martello Tower Telemachus 7165 7165 230812 0,03104258

Ensuite on trouve une carte de l’époque qu’on scanne en très haute résolution. L’image obtenue est traitée pour devenir une carte vectorielle, qu’on pourra alors traiter en 3D grâce à un logiciel de dessin 3D comme Mudbox. Grâce à la concentration de mots liés à tel ou tel lieu géographique, on peut faire apparaitre des déformations verticales sur la carte de départ => l’axe Z est augmenté proportionnellement au pourcentage de mots comptés sur un lieux donné : comme des pics sur la carte.

Questions qui ont été posées à la fin de la présentation :

  • pourquoi ne pas avoir utilisé les axes X et Y ? en plus de l’axe Z. Réponse : envie de rester proche de la carte géographique.
  • pourquoi avoir absolument voulu représenter les lieux décrits sur de vraies cartes géographiques ? Pourquoi ne pas avoir essayé de créer des cartes mentales directement à partir des descriptions sans recours à la carte géographique ?

... suite Jour 2

Tous les abstracts officiels des conférences sont en ligne sur le site du DH 2014.