/ Séminaire Pensée Politique Italienne : Lire les Cahiers de prison d’Antonio Gramsci

Séance 1 : Analyse de quelques notions gramsciennes (1) "subalterno"

8 octobre 2013, en salle R253, à l’ENS de Lyon (Site Descartes)

Séminaire Pensée Politique Italienne : Lire les Cahiers de prison d’Antonio Gramsci (2)

Séance 1. "Subalterno / Subalterni"
Notes de Jérémie, Laura, Mélusine, Vincent, JC, Romain.

Le fichier "GRAMSCI_Séminaire-2012.pdf" qui contient les actes du séminaire gramsci de l’année passée est téléchargeable à l’adresse : http://partage-fichiers.ens-lyon.fr/bxkbo39mwt Voir aussi : http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?rubrique538

1. Sur les subaltern studies

Notion de "subalterne" : actualité en France, le retour de l’intérêt pour Gramsci vient en partie de la réception tardive des études subalternes en France [sur ce "retard", cf. Michelle Zancarini-Fournel,"À propos du « retard » de la réception en France des Subaltern Studies", Actuel Marx, 2012, n°51, p. 150-164, disponible en ligne sur le portail Cairn de la bibliothèque]
L’étude de la notion de subalterne chez Gramsci n’a pas précédé la naissance des "subaltern studies" : courant historiographique qui est né en Inde, on n’a pas avant ces travaux-là d’intérêt spécifique pour la notion de subalterne. Les études sur cette notion très importante chez Gramsci ne sont pas thématisées en tant que telles avant ces travaux d’historiens.

Subaltern studies :
Ranajit Guha : c’est un militant politique, il a été membre du parti communiste indien. Plutôt de tendance maoiste dans ses premiers travaux (sur l’histoire de l’Inde rurale où il est attentif à l’accent que met Mao sur l’autonomie de ces révoltes, en particulier à propos des révolte paysannes dans le Hunan).
A partir des années ’60, Guha enseigne en Angleterre. Au début des années 70, Guha se rapproche d’étudiants maoistes qui participent à des révoltes paysannes (en particulier celle de Naxalbari, dans le nord du Bengale ; i.e. NE de l’Inde, à proximité du Népal). il est particulièrement marqué par cette révolte qui n’ a pas l’aspect d’un combat --- organisé mais d’un soulevement de groupes subalternes contre toutes les élites politiques (y compris communistes) indiennes. Il repense tout son travail sur la question des mouvements psysans en Inde. Il se sert de Gramsci : importance de la question paysanne et la connexion entre paysans et prolétaires. On note que Mao et Gramsci sont les deux grandes figures du marxisme au XXe siècle qui ont le plus réfléchi la question paysanne, la mise en avant des masses paysannes dans la révolution, la connexion entre paysans et prolétaires.
Guha se sert d’une formule typiquement gramscienne ("domination sans hégémonie") pour expliciter la construction de l’Inde au XXe siècle. Cette "dominations sans hégémonie", c’est-à-dire avec l’usage exclusif de la répression comme mode de règlement des conflits, était le propre de l’ordre colonial anglais ; il est reproduit par les élites indiennes.

Le groupe des Subaltern studies est issu de cette rencontre entre deux générations d’intellectuels et militants politiques mao.

Les textes fondateurs et le sens politique des subaltern studies
RanajitGuha, Subaltern Studies I, Delhi, Oxford UP, 1982 ;
Ranajit Guha, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, Delhi, Oxford University Press, 1983
Il s’agissait d’écrire une nouvelle histoire sociale de l’inde depuis le point de vue des classes subalternes en triple opposition à l’historiographie 1/ coloniale ; 2/ indienne indépendantiste ; 3/ d’obédience marxiste "orthodoxe" au sens de Guha (E. Hobsbawn est considéré comme tel par Guha)
Critique de l’historiographie indienne indépendantiste comme se contentant d’affirmer le rôle historique de l’élite indienne dans la décolonisation
Critique de Hobsbawm qui nierait toute valeur politique aux révoltes paysannes.
Cf. EH, Primitive Rebels (1959). D’après les auteurs des subaltern studies, dans ce livre, EH estimerait que les bandits et rebelles sont un "mouvement social préhistorique". Pour Guha, Habsbawm ne reconnait pas à la révolte paysanne un langage propre qui puisse être qualifié de politique, qui puisse jouer un rôle moteur dans l’histoire. Opposition prolétariat spécialisé et masse paysanne à laquelle on ne reconnait pas cette dimension.
EH resterait donc "orthodoxe" et prisonnier du schéma marxiste "traditionnel".

Le sens de la référence à Gramsci
David Arnold, Guha and peasant subalternity in India, in The Journal of Peasant Studies, vol. 11, n° 4, 1984, p. 155-177.
Arnold thématise le lien Gramsci-Guha :
« Contrairement aux fondateurs du marxisme, G décrit la population paysanne comme une force vive, tant sur le plan politique que sur les plans culturel et social, exhortant à un examen attentif et à une analyse détaillée de ce groupe, avec une attention particulière à sa spécificité historique et à la conscience subalterne qui s’exprime dans les croyances populaires et le folklore. »
Spécificité de G :Pour Gramsci, les passions « spontanées » et « élémentaires » des subalternes devaient être étudiées et non méprisées, développées et non dépréciées. Gramsci a légitimé l’étude des croyances et de la conscience des subalternes non pas tant parce qu’il les aurait estimées objectivement correctes, que parce qu’elles étaient des formes et des expressions de la vie des masses et qu’aucun représentant de la « philosophie de la praxis » ne pouvait se permettre de les ignorer. Il exhorte à travailler sur les groupes subalternes — histoire totale, prendre en compte les formes de la conscience de ces groupes subalternes. Etudier à fond les groupes subalternes dans une visée stratégique (constrution de leur hégémonie ou d’une contre-hégémonie)
Refus chez Gramsci de la position "classique" d’une dichotomie ouvriers/paysans
Gramsci s’intéresse aux différenciations des formes de conscience sociale et de position dans l’espace social. Parmi les groupes sociaux subalternes, il y a des groupes dominants les uns par rapport aux autres, complexification du schéma et différenciation interne aux subalternes

3. Subalterni et censure. Gramsci écrit-il "subalterne" pour dire "prolétariat" ?
Question étrange et paradoxale qui exige un renvoi à la philologie politique : le terme de subalterni aurait été une manière de contourner la censure fasciste.
L’opération de délégitimation de Gramsci a été menée par Gayatri Spivak dans un article intitulé Can the subaltern speak ? (1992) [disponible en ligne]. Elle tend à rejeter Gramsci dans un marxisme "traditionnel", "orthodoxe", pris dans tous les travers de la domination symbolique de marque occidentale.

Le point de départ de cette "erreur philologique" est une incise (au conditionnel !) du texte de David Arnold cité plus haut :
« à un niveau élémentaire […] son emploi [du terme subalterne] dans les QC pourrait avoir été dicté par le besoin de contourner la censure, dont l’attention aurait pu être attirée par un mot politiquement plus explicite comme par exemple « prolétariat ». » [‘may have been prompted by a need to avoid the censorship which a more politically explicit word like ‘‘proletariat’’ might attract’]

Markus Green fait le point sur cette question dans l’article « Rethinking the subaltern and the question of censorship in Gramsci’s Prison Notebooks », Postcolonial Studies, Vol. 14, No. 4, pp. 387-404, 2011
« subaltern studies opened Gramsci to a new reading that highlighted the importance of the subaltern in his work, but then closed off its own reading by misinterpreting the meaning of the ‘subaltern’ in his writings. »
« In analyses of specific historical contexts, Gramsci refers to slaves, peasants, religious groups, women, different races, the popolani (common people) and popolo (people) of the medieval communes, the proletariat, and the bourgeoisie prior to the Risorgimento as subaltern groups. »
« Since 1984, iterations of the subaltern censorship thesis have appeared throughout subaltern studies and postcolonial literature, all without any textual evidence and all presented as fact »

Question de M. Z.-F. sur le débat en France sur la question de l’auto-censure de Gr. dans ses textes. R. D. insiste sur la distinction à faire entre Les Lettres et Cahiers.
Le terme "philosophie de la praxis" n’est pas qu’une manière de ne pas écrire marxisme ou matérialisme historique mais dénote une thématisation spécifique qui doit à Labriola [et à Gentile]

2. Subalterni dans les Cahiers de prisons

N.B. 1 : Q= quaderno (cahier) ; le premier nombre indique le numéro du cahier, le second le numéro du § dans l’édition critique)
N.B. 2 : l’ensemble des textes cités et lus au séminaires sont envoyés en même temps que le pad...

Le "cahier" dans lequel Gr. synthétise ses vues sur les subalternes est le Q25 "Aux marges de l’histoire", commencé à l’été 1934
Sur la logique d’écriture des QC (quaderni del carcere= cahiers de prison)
Avant le Q25 la question des subalternes n’est a priori pas traitée ni annoncée auparavant.
L’usage de classes/groupes subalternes par Gramsci est sans doute aussi une volonté de disposer d’un concept plus large que "classe". Dans Q25, il parle toujours de groupes sociaux subalternes ; dans les rédactions antérieures, il écrivait le plus souvent "classes subalternes".
Contributions importantes : J. A Buttigieg (1999 et 2009), en particulier l’article de synthèse du Dizionario gramsciano, 2009 ; Marcus Green (cf. supra) ; Guido Liguori (in critica marxista).

Caractéristique de ces groupes : ils sont désagrégés, divisés, multiples ; ils n’ont pas d’unité.
la question de Gramsci, c’est "comment passer de la désagrégation à l’unité".
La question des subalternes est à relier à la question de l’hégémonie et à la manière dont elle fonctionne. Passer "de la désagrégation à l’unité", c’est donc essayer de construire la contre-hégémonie des subalternes. (Sur hégémonie, lire les séances du séminaire de l’an dernier).

Q3, §48 (1930) Idée centrale, le prolétariat industriel a une place spécifique. Il y a aussi les masses paysannes qui sont dans une position économique différente : se ressentent-elles comme un groupe ayant des intérêts à partager.
Q27-1 (sur le folklore) Déf. du peuple par Gr. : ensemble des classes subalternes et instrumentales de toutes les forces.
Idée déjà présente dans le texte sur la Question méridionale (1926)
On retrouve la question de l’homogénéité ; on ne peut pas simplifier le tableau ; la désagrégation des masses paysannes

Le cahier dans lequel Gramsci va synthétiser ses travaux précédents est un cahier thématique, rédigé lorsqu’il se trouve dans la 2e prison (Quaderno 25, Ai margini della storia. Storia dei gruppi sociali subalterni) entre 1934 et 1935. Dans le cahier 25 se trouvent des textes du cahier 3, quelques notes du cahier 9 et du cahier n°1. En 1930, puis en 1932, lorsque Gramsci établit des plans de travail, rien n’apparait concernant l’histoire des classes sociales subalternes. Cette idée apparaîtra plus tardivement en tant que telle. Dans les premières rédactions des Quaderni, apparaissent souvent les "classes sociales subalternes" qui deviendront "groupes sociaux subalternes", très souvent repris dans le Quaderno 25. Emprunt au vocabulaire militaire : le subalterne est celui qui prend ses ordres d’en-haut, qui n’a pas une autonomie de décision et d’action propres, comme les officiers subalternes de l’armée, une idée reliée à celle d’intellectuel. Masses sociales qui exercent des actions d’organisation correspondant aux officiers subalternes de l’armée : les hégémoniques, les décisionnaires sont les grades supérieurs des officiers subalternes.
Les subalternes font partie de l’hégémonie réalisée par une classe dominante, mais de façon passive. Question gramscienne centrale : raison de la défaite italienne face au fascisme. (la méconnaissance de l’Italie et en particulier de ses classes subalternes.)
Gramsci a préféré le terme de subalterne à celui de subordonné, en raison de la résonnance militaire de ce terme.

Cahier de 1930 (première rédaction : "classes subalternes" qui deviendront "groupes") : classes "nombreuses" et "hiérarchisées". Le prolétariat industriel a donc une place spécifique, plus centrale. Les classes subalternes se ressentent-elles comme un groupe ayant des intérêts à partager, principe même de l’homogénéité ?
Idée reprise dans le cahier 27 sur le "folklore".
Alcuni temi della questione meridionale, de 1926 : sur la désagrégation sociale du Mezzogiorno, texte dans lequel on retrouve l’idée d’homogénéité. Texte à mettre en lien avec le sens qu’on attribue à la rébellion : "les paysans méridionaux sont en perpétuelle fermentation, mais en tant que masse, ils sont incapables de donner une expression centralisée à leurs aspirations et à leurs besoins."
La question est de savoir comment sortir de cette désagrégation : question historiographique et politique.

1/ Question historiographique (Q25-2)
Un programme de recherche historiographique (Q25-2 Q25-5)
Q25-2. Critères méthodologiques. L’histoire des groupes sociaux subalternes est nécessairement fragmentée et épisodique. Il est hors de doute que, dans l’activité historique de ces groupes, il y a une tendance à l’unification, fût-ce à des niveaux provisoires, mais cette tendance est continuellement brisée par l’initiative des groupes dominants et ne peut donc être démontrée qu’après l’achèvement du cycle historique, si celui-ci se conclut par un succès. Les groupes subalternes subissent toujours l’initiative des groupes dominants même quand ils se rebellent et se soulèvent : seule la victoire « permanente » brise, et pas immédiatement, la subordination. En réalité, même quand ils paraissent triomphants, les groupes subalternes sont seulement en état de défense et d’alerte (cette vérité peut être démontrée par l’histoire de la Révolution française jusqu’en 1830 au moins). Toute trace d’initiative autonome de la part des groupes subalternes devrait donc être d’une valeur inestimable pour l’historien intégral ; il résulte de cela qu’une telle histoire ne peut être traitée que par monographies et que chaque monographie demande une somme considérable de matériaux souvent difficiles à rassembler.

L’histoire des groupes sociaux subalternes est nécessairement fragmentée et épisodique
(rappel de l’expérience personnelle de Gr. "provincial de la province")
Tendance permanente à l’unification tout aussi continuellement brisée par les dominants
double mouvement permanent et contradictoire [dialectique ?] des subalternes et des dominants
Les groupes subalternes subissent toujours l’initiative des dominants ; seule la victoire "permanente" brise cette domination mais pas de manière immédiate
Les groupes subalternes sont toujours en état de "défense alarmée" (cf. le processus de la Révolution Française, de 1789 à 1830)
Le brigandage dans le mezzogiorno est une expression politique à part entière

L’historien intégral applique une philosophie qui ne se contente pas de l’histoire des classes dominantes, à la lumière de leurs victoires, mais s’intéresse également aux révoltes des dominés.
Q25-1 : Lazzaretti (colporteur qui a une révélation à la fois messianique et républicaine)
Les classes dominantes interprètent les mouvements populaires comme des folies et des bizarreries, plus ou moins barbares :
Q25-1 : "c’était là la coutume culturelle du temps : au lieu d’étudier les origines d’un événement collectif et les raisons de sa diffusion, de son être collectif, on isolait le protagoniste et on se limitait à en faire la biographie pathologique, trop souvent en partant de motifs incertains ou interprétables de façon différente : pour une élite sociale, les éléments des groupes subalternes ont toujours quelque chose de barbare et de pathologique".
Or, on peut (et on doit quand on est un "historie intégral" en faire une analyse historique et politique : il y avait des raisons historiques et les masses ruralescherchaient des dirigeants locaux des masses issues "d’elles-mêmes" :
Q25-1 : dans le mouvement, la tendance républicaine se mêlait bizarrement à l’élément religieux et prophétique. Mais c’est précisément ce mélange qui représente la caractéristique principale de l’événement parce qu’il montre ce qu’il a de populaire et de spontané. Il faut retenir en outre que le mouvement lazzarettiste a été lié au non expedit du Vatican et qu’il a montré au gouvernement quelle tendance subversive-populaire-élémentaire pouvait naître chez les paysans à la suite de l’abstentionnisme politique clérical et du fait que les masses rurales, en l’absence de partis réguliers, se cherchaient des dirigeants locaux qui naissaient de la masse même, mêlant la religion et le fanatisme à l’ensemble des revendications qui fermentaient de façon élémentaire dans les campagnes. Autre élément politique à retenir : depuis deux ans, c’était la gauche qui était au pouvoir, ce qui avait suscité dans le peuple un bouillonnement d’espoirs et d’attentes qui allaient être déçus. Le fait que la gauche fut au gouvernement peut expliquer aussi la tiédeur à soutenir une lutte pour l’assassinat d’un homme qu’on pouvait présenter comme rétrograde, calotin, clérical, etc.
Donc : un mouvement "populaire et spontané" ; G. fait une analyse politico-historique : espoirs déçus avec la gauche au pouvoir ; non-expedit du Vatican (qui se retire des affaires politiques et donc absence de "contrôle" des masses rurales par le clergé...)

2/ Question politique

Ce que doit être la politique, c’est l’unité de la spontanéité et de la direction consciente (tjrs Q3-48). Ici, G s’appuie justement sur l’expérience turinoise des conseils d’usine.
Ces conseils ont été accusés d’être "spontanéistes". Ce qui a été fait à Turin : on est partis des "hommes réels" (cf. Marx et Engels, L’Idéologie allemande), on a pris en considération la spontanéité et on l’a "éduqué". Rapporte la spontanéité à la nécessité du mouvement. On l’a purifiée grâce au marxisme, mais sans cette spontanéité rien n’aurait pu être fait.Dans ce mouvement spontané des conseils d’usine résidait le défi à l’hégémonie actuelle et possibilité de passage à une nouvelle hégémonie. C’est le rôle que devrait jouer le parti/les partis qui représente/tent les intérêts des groupes subalternes.
Pas de différence qualitative entre dirigeants et masses, commensurabilité, passage des uns aux autres. Mépriser les mouvements spontanés est un échec politique et peut avoir de graves conséquences.
Question de la spontanéité Q3-48
Prendre en considération la spontanéité mais réintroduire nécessité du politique (ie l’intellectuel collectif que peut être le parti, ou encore, point de départ, le groupe Ordine nuovo de Turin). De ce point de vue, G est entre les deux (Lénine et R. Luxemburg) :
Q3-48 : Négliger, et, ce qui est pire, mépriser les mouvements dits « spontanés », c’est-à-dire renoncer à leur donner une direction consciente, à les hausser sur un plan supérieur en les insérant dans la politique, peut avoir souvent des conséquences très sérieuses, très graves. Il arrive presque toujours qu’un mouvement « spontané » des classes subalternes soit accompagné d’un mouvement réactionnaire de la droite de la classe dominante, pour des motifs concomitants : une crise économique, par exemple, détermine d’une part un mécontentement des classes subalternes et des mouvements spontanés des masses, et de l’autre elle détermine des complots de la part de groupes réactionnaires qui profitent de l’affaiblissement objectif du gouvernement pour tenter des coups d’État.
L’élément spontanéité est caractéristique de l’histoire des classes subalternes, voire des éléments les plus périphériques de ces classes qui n’ont pas conscience de leur existence et de leur importance au sein de ces mêmes classes.
Il ne suffit pas d’avoir la théorie marxiste-léniniste pour que cela fonctionne. Gramsci veut remettre en question la conception mécaniste et déterministe qui est souvent assumée par le "matérialisme dialectique"...

Recoupement de la question de l’hégémonie et des rapports État/société politique/société civile.
Q7, 16. la tâche fondamentale était nationale, et exigeait qu’on reconnût le terrain et qu’on déterminât les éléments de tranchée et de forteresse représentés par les éléments de la société civile, etc. En Orient, l’État étant tout, la société civile était primitive et gélatineuse ; en Occident, entre État et société civile, il y avait un juste rapport et derrière le vacillement de l’Etat on découvrait aussitôt une robuste structure de la société civile. l’État n’était qu’une tranchée avancée, derrière laquelle se trouvait une robuste chaîne de forteresses et de casemates ; plus ou moins d’un État à l’autre, s’entend, mais c’est justement ce qui demandait une attentive reconnaissance de caractère national.

Opposition Orient/Occident, ie Russie/Europe de l’Ouest. L’hypothèse de la guerre de mouvement, l’insurrection, était justifiée en Orient, et appliquée victorieusement en 1917.Elle n’est pas applicable en occident, où on ne peut pas penser qu’il suffit de faire une insurrection populaire (soldats, paysans ouvriers) comme en Russie. Le caractère national devient décisif. En effet, quand, derrière l’Etat, il y a les casemates et les forteresses d’une société civile liée à l’hégémonie réalisée, la seule possibilité est la constitution et la proposition d’une hégémonie alternative ayant vocation à renverser le rapport de forces : travail, donc sur société civile.

Q3, 49 : définition de guerre de position sur terrain de société civile.(on repartira de ce point, lors de la 3e séance du séminaire).

_

/ Séminaire Pensée Politique Italienne : Lire les Cahiers de prison d’Antonio Gramsci

UMR
2005 - 2016 Triangle - UMR 5206
| Crédits et Mentions légales | RSS 2.0 [Valid RSS]