/ SSU : Sciences sociales de l’urbain [2011-2013]

Axes de recherche

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Nous nous proposons de développer notre projet scientifique selon trois axes, qui devront nous permettre de confronter notre ambition à des réalités pratiques, de tenter de mettre en œuvre notre dessein sur des objets concrets. Les trois axes portent sur : les recompositions des espaces urbains et leurs dynamiques sociales, économiques et politiques, le processus de gouvernance des villes, et enfin la production de l’urbain à travers la technique, les savoirs et les instruments. Si ces trois axes semblent à première vue s’apparenter a des perspectives mono disciplinaires, nous nous attacherons à montrer comment leur traitement est enrichi par l’apport des autres disciplines. Les questions épistémologiques, modèles et les terrains d’enquête et méthodes d’analyse déployées, aux prismes de différentes disciplines, sera notre fil rouge et constituera le socle du colloque final.

Axe 1 : Dynamiques de recomposition urbaine : formes et société

Ce premier axe du séminaire vise à développer les réflexions portant sur la définition et les mutations du fait urbain. Les quarante dernières années ont été marquées par une transformation profonde des logiques et des dynamiques à l’œuvre dans les processus d’urbanisation [1]. Les dynamiques de métropolisation ont contribué à redéfinir les caractéristiques des villes contemporaines et à réorienter le regard des chercheurs en sciences sociales [2]. Comment définir ce qu’est une ville à une époque caractérisée par une accélération des flux globaux d’informations, de capitaux, de personnes, et par une transformation majeure des formes urbaines de plus en plus soumises à des phénomènes de périurbanisation et d’étalement urbain ? A quoi renvoient les termes d’urbanité, de citadinité ou plus simplement de société urbaine, dans un contexte de fragmentation et de recomposition des villes ? Comment analyser et rendre compte des espaces – frontières (campagnes, zones périurbaines, banlieues, etc.) ou marges (« ghettos », interstices urbains, etc.) des villes – qui se créent au sein des métropoles contemporaines ? L’ambition de cet axe est de rendre compte de ces dynamiques nouvelles tout en cherchant à comprendre leurs origines et leurs effets sur le fonctionnement des sociétés urbaines. Si l’analyse des formes urbaines ou des trajectoires des villes apparaît comme un objet réservé à la géographie, son étude globale nécessite la mobilisation de savoirs pluridisciplinaires. En effet, la transformation des formes urbaines donne lieu à des débats dépassant de loin le seul champ de la géographie humaine ou sociale. Ainsi, il conviendra de s’interroger sur le poids respectif des processus économiques, sociaux, politiques et historiques ainsi que des contextes locaux et globaux. Il conviendra également de prendre en compte les effets de ces phénomènes sur les sociétés urbaines et de caractériser les recompositions socio-spatiales (gentrification, paupérisation, relégation, etc.) en cours, ainsi que les conflits qu’elles sont susceptibles de faire naître entre les différents groupes sociaux qui composent les villes et les métropoles.

Axe 2 : Gouverner la ville : acteurs, pouvoirs et régulations

Face à ces dynamiques urbaines, les manières de produire et de gouverner les villes ont profondément évolué. La question classique posée par les auteurs pluralistes et élitistes du champ d’étude des « community studies » [3] et cherchant à comprendre qui gouverne la ville, a aujourd’hui été largement dépassée. Non seulement, les travaux récents ont cherché à réintégrer dans l’analyse un ensemble d’acteurs (groupes sociaux, habitants, associations, entreprises, experts, etc.) et de logiques (dynamiques économiques, démographiques, socio-spatiales, etc.) qui étaient auparavant négligés, mais en plus, ils ont réorienté les débats sur la question des savoirs et leur mobilisation dans le gouvernement des villes contemporaines [4]. Ainsi, il ressort de ces travaux un souci accru pour la compréhension des dynamiques liées à la constitution d’une capacité à gouverner et à mettre en œuvre des politiques urbaines dans un contexte de fragmentation accrue et de renforcement des contraintes pesant sur les villes [5]. L’objectif central de ce deuxième axe sera d’analyser les dynamiques contemporaines de gouvernement des villes. La ville est alors comprise comme une « catégorie d’action » [6] en ce sens où une attention particulière sera accordée aux acteurs (politiques, économiques, représentants de la société civile, etc.) participant au gouvernement des villes, à leurs logiques et à leur influence sur les politiques urbaines. Il ne faut pas oublier que les changements dans la composition du pouvoir urbain sont influencés par des facteurs de nature plus macro : globalisation, accumulation du capital, dégradation environnementale, ségrégation socio – spatiale ont un impact sur la nature et les structures du gouvernement urbain. Il s’agit alors d’intégrer dans le cadre d’analyse des objets, des hypothèses développées par d’autres champs disciplinaires. Comment ces tendances socio-économiques, territoriales et historiques prennent-elles corps dans des territoires singuliers ? Quelle place respective occupent les régulations marchandes, sociales [7], politiques et communautaires dans la production des villes contemporaines ? Comment peut – on articuler analyse du local et processus macroéconomiques ? Ces questionnements devront bien évidemment s’accompagner d’une analyse des contenus et des finalités des politiques urbaines et de leur capacité à contrer ou accompagner ces dynamiques globales.

Axe 3 : Produire la ville : savoirs, normes et instruments

Ce troisième axe de recherche interroge les techniques, savoirs, et instruments qui permettent la production de la ville. De fait, ce questionnement est d’abord celui de la pratique professionnelle des producteurs de la ville (architectes, ingénieurs, urbanistes…). De nombreuses travaux ont ainsi permet de constituer et de caractériser les principaux outils de production de la ville, de la planification à la règlementation, en passant par l’aménagement du territoire ou encore la composition urbaine [8]. D’une manière générale, les politiques urbaines ont vu se développer tout un ensemble de nouveaux instruments (benchmarking, classements de villes, indicateurs de performances, bonnes pratiques, technologies de contrôle social ou de gestion environnementale, outils de régulation des réseaux, etc.). Il s’agira d’interroger l’apparition de nouveaux savoirs, de nouvelles normes et de nouveaux instruments dans l’action publique urbaine et de comprendre la place qu’ils occupent dans la production de la ville contemporaine. De nouvelles injonctions imposent par ailleurs aux acteurs de mettre en œuvre de nouveaux contenus. L’environnement a par exemple un impact non négligeable sur les politiques urbaines et le renouvellement de l’action publique. Ces contenus introduisent des normes juridiques, imposées au niveau national, mais aussi adaptées au niveau local. Si l’analyse des instruments de la production des villes apparaît a priori comme l’objet privilégié de l’urbanisme, son étude globale nécessite la mobilisation de savoirs et de méthodes issues des autres sciences sociales. Quelle est l’origine, la genèse des savoirs et instruments de la production urbaine [9] ? Quel poids accorder à ces dynamiques diachroniques dans l’utilisation et dans la diffusion des instruments ? Quels sont les acteurs et réseaux à l’origine de leur construction et de leur circulation ? Quel rôle joue la « Transnational consultocracy » [10] dans la sédimentation et la diffusion de savoirs sur la ville ou de « bonnes pratiques » ? On peut aussi s’interroger sur le poids de la production et de la diffusion de ces savoirs dans les dynamiques de standardisation des politiques urbaines [11]. La montée en puissance des préceptes néo-managériaux dans le gouvernement des villes suscite-t-elle des dynamiques d’uniformisation des villes [12] ?