/ Séminaire Onomastique politique (archives 2008-2012)

Haoues Seniguer : « L’islam dans les révoltes arabes. Approche onomastique »

24 juin 2011, de 16h à 18h, en salle du Conseil, à l’IEP de Lyon (7eme)

Intervenant : Haoues Seniguer, conférencier en histoire de la philosophie et sciences politiques.

Résumé

Les mouvements sociaux auxquels nous assistons depuis quelques mois dans le monde arabe, inédits tant par l’ampleur que par la durée, sont un poste d’observation sociologique privilégié pour scruter les évolutions sociopolitiques en cours dans cette aire géoculturelle. Le décryptage des pancartes brandies et des slogans émis par les manifestants du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte, de la Libye ou encore de la Syrie confirment plusieurs hypothèses : d’une part, celle d’une sécularisation progressive des sociétés majoritairement musulmanes puisque les revendications ont un caractère essentiellement profane et a-religieux (sans être pour autant hostiles à la religion) et d’autre part, celle de la perte de vitesse des islamistes confinés soit à un rôle d’attentistes soit à un rôle de suiveurs mais certainement pas d’initiateurs.
Cependant, il est indispensable de ne pas en conclure trop vite à un reflux ou à un déclassement total du référent musulman ou islamique dans la mesure où des « Dieu est grand » (Allahou ‘Akbar) se font entendre à certaines occasions et que des prières collectives sont parfois organisées sur les places occupées par les manifestants avec la présence de prêcheurs de renom (l’Égyptien Youssef Al-Qaradhawi par exemple). L’islam joue désormais davantage la fonction de ciment à l’identité collective, de principe d’action quelquefois, que la fonction utopique de fondation d’un ordre nouveau. A tel point que les activistes musulmans présents dans les manifestations ne disent à aucun moment, ni pendant ni après, qu’ils sont favorables à l’instauration d’un État islamique ou à un retour de la sharî ‘a (loi islamique). Ce peut être le signe d’une position tactique ou l’indice de recompositions idéologiques dans leur rang.
Au plan onomastique, les protestations populaires favorables à l’avènement d’un système politique démocratique conduisent les organisations islamistes à opter pour des dénominations en phase avec ce type de revendication. Les Frères musulmans égyptiens, dans le cadre de stratégies de légitimation, ont choisi de former, le 30 avril 2011, un parti (hizb) appelé « Liberté et Justice », totalement dédié aux activités politiques. Ses fondateurs rappellent qu’il sera « civil » et non « théocratique ». Ces deux termes sont en résonnance directe avec certains des slogans entendus dans les manifestations contre Moubarak.

Mots clés

islamistes, monde musulman, onomastique politique, révoltes, sécularisation

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