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Journée d’étude : Écrire la comparaison

11 juin 2010, à l’ENS de Lyon, 15 parvis René Descartes – Salle F08 – Accès : métro Debourg

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Avec le soutien financier de l’École Doctorale des Sciences Sociales de Lyon et du laboratoire Triangle, Action, discours, pensée politique et économique (CNRS, ENS de Lyon, Université de Lyon 2, IEP
de Lyon).

Inscription (gratuite) par mail : journeecomparaison@gmail.com
Contact : Marianne Woollven : 04 37 37 64 10

Comité d’organisation scientifique

  • Emilie Courtin, doctorante, Science politique, GSPE-PRISME, Sciences Po Strasbourg, Université de Strasbourg.
  • Bleuwenn Lechaux, doctorante, Science politique, CRAPE, Sciences Po Rennes, Université de Rennes 1.
  • Elise Roullaud, doctorante, Science Politique, TRIANGLE et LER, Université de Lyon 2.
  • Marianne Woollven, doctorante, Sociologie, GRS, ENS de Lyon.

Présentation de la journée

La méthode comparative apparaît heuristique tant comme mode de raisonnement des sciences sociales (Durkheim, 1895, Bloch, 1928), que comme outil méthodologique de confrontation de temporalités et spatialités disparates, dans l’élaboration d’études comparatives nationales ou internationales. Toutefois, alors même qu’elle est une des conditions sine qua non de l’opérationnalisation aboutie de la démarche comparative, et malgré le nombre de travaux théorisant et mobilisant cette approche, des classiques aux plus contemporains, l’écriture apparaît paradoxalement comme l’« oubliée » des travaux méthodologiques centrés sur cette démarche. Cette carence tient sans doute – plus généralement – au peu d’attention accordée à l’exploration des stratégies d’écriture en sciences sociales [1]. L’explicitation des stratégiesd’écriture constituerait, nous semble-t-il, un apport fructueux pour la recherche comparative, tant en termes méthodologique (i.e. optimiser la restitution écrite de la comparaison) qu’épistémologique (i.e. accroître la connaissance des terrains étudiés par la mise au jour des bricolages scripturaux).

La journée d’étude sera organisée autour de quatre sessions, regroupées autour de deux grands thèmes (la retranscription de cas disparates/multidimentionnels, puis les stratégies d’écriture dans l’opérationnalisation de la comparaison). Chaque demi-journée fera l’objet de communications de doctorants et docteurs ; chaque session sera discutée par un chercheur ayant réalisé, puis rédigé et publié une recherche comparative.

Programme

  • 9h00-9h20 : Accueil des participants.
  • 9h20-9h30 : Allocution d’ouverture de Lionel Obadia (PR Anthropologie à l’Université de Lyon 2, Directeur de l’Ecole Doctorale des Sciences Sociales de Lyon) et de la direction de TRIANGLE.
  • 9h30-10h00 : Présentation du déroulement de la journée et introduction : Emilie Courtin, Bleuwenn Lechaux, Elise Roullaud, Marianne Woollven.

Thème de la matiné : QUELS CHOIX D’ÉCRITURE POUR RETRANSCRIRE DES CAS DISPARATES ?

Session 1. Traduire le contraste (10h00-11h00)

Lors de cette session, nous concentrerons notre attention sur les choix opérés lors de l’écriture de la comparaison, eu égard à la retranscription de réalités nationales spécifiques. Nous nous attacherons aux modalités de la traduction (purement linguistique ou envisagée comme procédure d’explicitation), dans le but de montrer comment des contextes différenciés peuvent être insérés dans l’écriture et « retraduits » par celle-ci. En termes de stratégie d’écriture, comment trouver des notions, des concepts et des titres de plans qui synthétisent la retranscription de réalités éparses ? Nous nous attarderons également sur l’explicitation par le processus de l’écriture de réalités non familières. Lorsque par exemple l’on possède une connaissance plus approfondie d’une partie des cas d’étude, comment rendre justice au(x) cas moins connus ? Les questions de l’ethnocentrisme et des biais relatifs à la position du chercheur dans les facteurs explicatifs, ainsi que les outils de dépassement de ceux-ci pourront être analysés. A contrario, comment procéder lorsque les réalités étudiées ne sont pas si « étrangères » les unes des autres, i.e. lorsque des cas pensés comme indépendants dans le cadre d’une comparaison internationale deviennent interdépendants dans un contexte européen ou de mondialisation ?

Discutante : Cécile Vigour, CR CNRS, Science politique, SPIRIT, Sciences Po Bordeaux.

  • Natacha Gally, doctorante, Science politique, Centre d’études européennes, Sciences Po Paris : « Ecrire le contraste au-delà des typologies : pour une histoire croisée des politiques de la haute fonction publique en France et en Grande-Bretagne. »
    Résumé : Comparer les politiques de la haute fonction publique en France et en Grande-Bretagne implique de confronter deux cas considérés par la littérature sur l’administration et les systèmes de fonction publique comme « très différents » à tous égards. Les deux pays illustrent deux « cultures administratives » contrastées et suivent des trajectoires différentes face aux réformes néo-managériales, la Grande-Bretagne faisant figure de pays pionnier par rapport à une administration française plus encline à conserver le statu quo. Si la stratégie de comparaison par les cas doit permettre d’expliquer ces singularités, l’élaboration d’un cadre comparatif nécessite, au moins dans un premier temps, de mettre l’accent sur les « problèmes communs » auxquels font face les hautes fonctions publiques françaises et britanniques. La nécessité de gérer cette tension entre les spécificités de chaque cas et les enjeux communs au travers desquels la comparaison est rendue possible, déjà présente tout au long du travail de recherche, s’impose avec encore davantage d’acuité au moment de l’écriture de l’analyse comparée. Comment rendre compte de la singularité des cas étudiés sans pour autant réduire la comparaison à une « juxtaposition des particularités » ? Cette communication se propose de montrer ce qu’une historicisation du cadre comparatif apporte à la compréhension des réformes récentes de formation et de gestion des hauts fonctionnaires en France et en Grande-Bretagne. A rebours d’une approche typologique qui tendrait à fixer, de manière photographique, les caractères saillants de chacun des cas étudiés, nous nous attacherons à montrer comment une histoire croisée des politiques de la haute fonction publique en France et Grande-Bretagne peut permettre d’écrire le contraste tout en soulignant les points de contacts entre deux cas qui, pour être très différents, ne sont pour autant pas étanches l’un à l’autre.

Session 2. Retranscrire des cas multidimensionnels (11h15-12h45)

Les questions d’inégalité des cas et de données non similaires seront ici explorées. Que faire lorsque les cas où les données recueillies sont dissimilaires ? De telles difficultés peuvent apparaitre pour des raisons différenciées, telles la formulation de la problématique, mais aussi le déroulement ou les résultats de l’enquête de terrain. Nous nous interrogerons également sur les jeux d’échelles, sur les manières d’intégrer et de combiner dans l’écriture différents niveaux de comparaison.

Discutante : Mireille Lapoire, docteure en sciences sociales de l’ENS Cachan, ATER à l’Université Lyon 3, IAE et IFROSS.

  • Marie-Hélène Sa Vilas Boas (doctorante, Science politique, Sciences Po Aix-en-Provence, ATER à Sciences Po Lyon) : « Ecrire la comparaison lorsque les données sont dissemblables. Le cas des conférences municipales de femmes à Recife et Londrina (Brésil) ».
    Résumé : L’exercice de la comparaison suppose généralement de suivre un dispositif d’enquête similaire, pour chacun des cas étudiés, afin de recueillir des données équivalentes. Toutefois, cette démarche n’est pas toujours souhaitable [2], ni même possible, en raison des contingences du travail de terrain. A partir de notre thèse, portant sur l’analyse des déterminants de l’engagement « des communautés » dans un même dispositif délibératif à Recife et Londrina, les « conférences de femmes », nous interrogerons l’écriture de la comparaison lorsque les données recueillies sont asymétriques. Nous avons recours à la méthode comparative afin de tester une même hypothèse, en étudiant deux cas [3]. Néanmoins, le matériau que nous avons recueilli à Recife est bien plus fourni qu’à Londrina. Aussi, il s’agira, dans un premier temps, d’interroger les causes de cette asymétrie : cette dissemblance découle-t-elle d’un accès différencié à chacun des terrains ou dépend-elle des configurations locales distinctes que nous étudions ? Dans notre cas d’étude, l’entremêlement entre ces deux facteurs impose, selon nous, de laisser une large place à la description monographique dans l’écriture de la comparaison, sans toutefois tomber dans la dérive monographique, afin de rendre compte de la dépendance entre les données recueillies et les dynamiques propres aux cas étudiés.
  • Benjamin Ferron, doctorant, Science politique, CRAPE, Sciences Po Rennes, Université de Rennes 1 :« Comparer l’incomparable ? Contraintes et enjeux scientifiques dans l’écriture d’une comparaison internationale. La convergence du traitement de la guerre du Chiapas et du conflit israélo-palestinien dans les médias des mouvements altermondialistes ».
    Résumé : A partir d’un travail de thèse, en cours d’écriture, portant sur une comparaison internationale de réseaux de médias de mouvements sociaux (le mouvement néozapatiste au Mexique et le mouvement antioccupation en Israël-Palestine), la réflexion sur les modalités d’écriture de la comparaison se situera à deux niveaux. Au niveau du travail de synthèse ou du compte-rendu des données empiriques, premièrement. Il s’agira ici de rendre compte des difficultés liées à l’analyse des "problèmes politiques" médiatisés par ces acteurs, engagés dans des luttes sémantiques extrêmement polarisées. Dans des contextes de conflits asymétriques, le chercheur est-il condamné à choisir entre la reprise du langage hétérodoxe des dominés ou celle du langage orthodoxe des dominants ? Si la comparaison internationale peut apparaître comme une troisième voie, peut-elle éviter soit un positionnement dans le cadre normatif du droit international, soit de risquer l’incommunicabilité de la recherche en se réfugiant dans un vocabulaire totalement étranger à celui des acteurs ? Si les difficultés particulières liées au travail de terrain et à la restitution des données, en situation dangereuse, ont fait l’objet de réflexions collectives dans les sciences sociales, l’étape spécifique de l’écriture de l’enquête a été largement ignorée. De même, si les questionnements épistémologiques et méthodologiques sur la comparaison internationale sont traités dans d’innombrables manuels, peu s’intéressent à ses modalités d’écriture, en dehors des interrogations sur les choix de concepts. Est-ce que les contraintes d’écriture sont les mêmes que pour tout autre objet, lorsque l’on doit traiter de situations de ce type (le langage est toujours un enjeu de luttes), ou bien confrontent-elles à des contraintes particulières ? Le sociologue peut-il dépasser les luttes sémantiques qui accompagnent une situation de conflit (et dont les conséquences peuvent être symboliquement voire physiquement très lourdes – le « mot de trop »), ou est-il condamné à les reproduire, et donc à prendre implicitement parti pour l’un des camps ? Le deuxième niveau de réflexion se situera au niveau de la construction du plan de travail, qui conditionne les modalités de restitution des données et de l’écriture. Comment intégrer les spécificités des terrains étudiés, tout en maintenant un niveau de comparaison suffisamment fin pour éviter les pseudo-comparaisons ? Notre choix sur ce point a été double : premièrement, distinguer quatre niveaux "universels" de comparaison de l’objet (contexte de production, pratiques de production, producteurs et productions médiatiques), et deuxièmement, écrire la comparaison en intégrant les deux terrains dans les mêmes chapitres de la thèse (plutôt que de faire des grandes parties indépendantes les unes des autres).

Thème de l’après-midi : OPÉRATIONNALISER LA COMPARAISON : QUELLES STRATÉGIES D’ÉCRITURE POUR « FAIRE PARLER » LES DONNÉES ?

Session 3. L’écriture en coulisse : le bricolage des plans comparatifs (14h30-16h00)

Cette session aura pour ambition de confronter les stratégies d’écriture de plans (de thèse, d’ouvrage, d’article), mises en œuvre en fonction des terrains et problématiques d’enquête, et leurs implications. Il peut s’agir de plans choisissant des chapitres systématiquement comparatifs (autour des facteurs identifiés comme primordiaux ou/et des grandes tendances observées) ou des chapitres comparatifs problématisés autour d’une notion, suivi d’une analyse des différents cas selon leur degré de proximité ou d’éloignement par rapport au concept ainsi forgé (comme le fait par exemple F. Dubet dans Le déclin des institutions autour du concept de « programme institutionnel »), avec une conclusion comparative. Il peut également s’agir de plans dits « thématiques » ou « transversaux » (Hassenteufel, 2000) ou encore de plans choisissant de confronter monographies et analyse transversale.

Discutant : Gilles Pinson, PR Science politique, TRIANGLE, Sciences Po Lyon.

  • Colin Giraud, doctorant, Sociologie, GRS, Lyon 2, Ecole Centrale de Lyon : « La naissance d’une comparaison ‘réelle’ par l’écriture : Paris – Montréal ».
    Résumé : Cette communication s’inscrit dans le cadre d’une thèse portant sur le rôle des populations homosexuelles masculines dans les processus de gentrification à Paris et Montréal. La comparaison y apparaît initialement à travers le choix de traiter dans une même recherche deux terrains d’enquête : le quartier du Marais à Paris et le quartier du Village à Montréal. L’objet de la communication est de montrer comment l’écriture de la thèse modifie et définit elle-même les cadres, les termes et les enjeux de la comparaison. En début de recherche, la comparaison était envisagée de manière modeste, limitée et relativement formelle. Comparer, c’était essentiellement « faire la même chose » sur deux terrains différents. La construction de l’objet de recherche et la conduite de l’enquête avaient alors établi une séparation relativement nette entre les deux terrains et une hiérarchie entre un terrain principal et un terrain secondaire. Cette manière de penser le raisonnement comparatif déterminait un plan « séparatiste » hiérarchisant et opposant les deux quartiers concernés. Plusieurs techniques d’écriture et plusieurs plans de thèse ont été envisagés : ils mettaient en avant le terrain principal du Marais et faisaient jouer au Village le rôle de « contrepoint » secondaire et systématique. Or, l’écriture même de la thèse a contribué à transformer ces perspectives, tant sur l’aspect formel que sur le contenu même de la comparaison. La description des terrains, l’analyse des processus de transformation des quartiers et des récits de vie, saisis de part et d’autre, ont mis en relief les continuités et les différenciations entre les deux contextes. Progressivement, l’écriture s’est orientée vers une comparaison beaucoup plus fine ayant pour conséquences la réduction des oppositions binaires entre les deux terrains, l’abandon de la hiérarchisation des terrains et l’effacement d’un plan de thèse séparant les terrains.
  • Anaïs Collet, doctorante, Sociologie, GRS, Lyon 2, Paris-Dauphine : « Le plan de thèse, du projet de recherche aux résultats. L’exemple d’une comparaison historique et géographique d’acteurs de la ‘gentrification’ ».
    Résumé : La communication prendra appui sur un travail de thèse en cours de rédaction qui porte sur les acteurs de la gentrification de quartiers lyonnais et parisiens des années 1970 et d’aujourd’hui. La gentrification est un processus de réinvestissement, par des jeunes ménages des classes moyennes et supérieures, d’anciens quartiers populaires dégradés. Le travail de thèse ne porte pas tant sur les quartiers « gentrifiés » et les transformations qui les affectent, que sur les rapports à l’espace résidentiel des gentrifieurs, c’est-à-dire des ménages qui participent, par leurs choix, leurs pratiques et leurs représentations individuelles, à la transformation de ces quartiers. La problématique est la suivante : en quoi investir et s’investir dans certains espaces peut participer à la construction d’une identité sociale individuelle et/ou collective et avoir des effets dans les trajectoires sociales. L’objectif était d’appréhender à travers ce travail les transformations de certaines strates des classes moyennes à l’aune de leurs espaces résidentiels. Le dispositif de recherche a été d’emblée pensé comme une double comparaison, à la fois historique et géographique : comparaison entre deux espaces d’abord, le quartier du Bas Montreuil en région parisienne et le quartier lyonnais des Pentes de la Croix-Rousse ; « comparaison » historique ensuite, qui se décompose à son tour en deux démarches : d’une part, en raison de la durée du processus de gentrification, une comparaison des gentrifieurs qui interviennent à différents moments du processus ; d’autre part, une comparaison de nos résultats avec ceux de travaux menés dans des espaces similaires entre 1977 et 1982 par l’équipe du programme Observation du Changement Social du CNRS. Nous avons essayé de structurer cette double – ou plutôt triple – comparaison autour de trois questions : qui sont les gentrifieurs des différents quartiers aux différentes époques ; pourquoi le sont-ils (quelles sont leurs logiques sociales) ; enfin, comment ce changement se déroule-t-il. La façon dont cette triple comparaison peut prendre place dans un plan de thèse est épineuse : comment mobiliser des matériaux aux statuts différents (certains produits de première main, d’autres utilisés de seconde main) ? Comment comparer des pratiques et des représentations prenant place dans des contextes géographiques et historiques différents ? Comment tenir compte du fait que ces pratiques et ces représentations contribuent justement à la transformation des contextes ? Nous présenterons lors de cette communication l’évolution du plan de thèse, du premier plan associé au projet de recherche au plan finalement suivi dans l’exposé des résultats. Nous essaierons de montrer que cette évolution révèle finalement moins des « stratégies d’écriture » que, d’une part, ce qui a réellement été mis en oeuvre dans le travail empirique ; d’autre part, ce que le dispositif comparatif a réellement apporté en termes de connaissances.

Session 4. Monter en généralité à partir des données comparatives (16h15-17h45)

Cette session part d’un paradoxe : d’un côté, il paraît assez inextricable de concilier complexité, voire disparité des données, et montée en généralité comparative. De l’autre, la comparaison est à même de mettre à jour à la fois des dissemblances et des invariants, et, de ce fait, de constituer un instrument de théorisation (Darmon, 2008). Comment la restitution écrite des résultats d’une enquête comparative peut-elle à la fois rendre compte de la richesse idiosyncratique des terrains et des spécificités des contextes, tout en produisant des connaissances sur des processus macrosociaux transcendant les cas particuliers ? Faut-il par exemple présenter les spécificités sous forme d’encadrés et les invariants dans le corps du texte présentant les résultats de la comparaison ? Gilles Pinson (2009) opte pour un dépassement de la juxtaposition des cas : comment les stratégies d’écriture adoptées alors donnent-elle à voir « ce que les projets urbains nous apprennent sur les villes et l’action publique » (p. 36) ?

Discutant : Patrick Hassenteufel, PR Science politique, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.

  • Vincent Béal, doctorant, Science politique, CERAPSE-TEmiS, Université J. Monnet de Saint-Etienne : « Comparaison terme à terme vs. monographies. Les stratégies d’écriture comme solutions à la tension entre généralisation et singularité dans les démarches comparatives ».
    Résumé : Cette communication a pour objectif d’interroger les stratégies d’écriture et les modes de restitution écrite d’une recherche comparative en sciences sociales. Elle cherche à comprendre en quoi ces stratégies peuvent permettre de questionner la tension entre le souci de généralisation inhérent à toute démarche scientifique et la volonté de ne pas sous-estimer les singularités nécessaires à la « validité » de ces démarches. En effet, la plupart des travaux de recherches sont marqués par une tentative de conciliation entre d’une part la nécessité de montée en généralité théorique et d’autre par la volonté de rendre justice à la complexité des données empiriques et au caractère idiosyncratique de tout terrain. Cette conciliation s’avère particulièrement problématique dans les démarches comparatives qui constituent, par essence, des lieux de tension entre généralisation et mise en avant des singularités. Ainsi, autour de ce type de démarches les risques de « dérives » théorique ou monographique semblent particulièrement importants. Face à ce dilemme, le chercheur dispose de plusieurs options dans la restitution des données empiriques collectées. Les deux modes de restitution les plus répandus sont généralement ceux de la monographie et de la comparaison terme à terme. Ces deux stratégies comportent chacune des avantages et des limites. La première permettant généralement d’opérer une description dense des cas, de mettre en avant leurs dynamiques propres et de restituer les données de manière précise, tandis que la seconde serait de nature à faciliter la montée en généralité en permettant l’isolement de variables et de leur importance respective. Pour ces raisons, la comparaison terme à terme semble, a priori, plus adaptée aux démarches de comparaison internationale, alors que la restitution monographique conviendrait mieux à des démarches de comparaison transnationale. Dans les études urbaines, le mode de restitution monographique est souvent privilégié. Il s’agit d’un domaine qui dispose d’une spécificité importante du fait de la nature même de son objet. En effet, la ville peut-être considérée comme un « fait social global » qui appelle de ce fait une analyse extrêmement contextualisée, susceptible de faire ressortir les problématiques propres à un espace local, ainsi que son épaisseur en tant que société incomplète et échelle de régulation. Cette caractéristique complique considérablement la tache du comparatiste et explique sans doute pourquoi les études urbaines se sont spécialisées dans la production de monographies. A l’inverse nous souhaiterions défendre l’idée d’un possible dépassement de la monographie comme mode ultime de restitution des démarches par cas dans les études urbaines. Nous pensons qu’une comparaison terme à terme peut constituer une démarche heuristique ne se limitant pas à un exercice de comparaison internationale visant à isoler des variables qui feraient différer les cas ou à mettre en avant des facteurs proprement nationaux. Au contraire, nous pensons que la comparaison terme à terme peut s’appliquer à une démarche de comparaison transnationale qui serait soucieuse de ne pas « broyer » les cas dans la montée en généralité théorique, à condition, de mettre en place des stratégies d’écriture adéquates. Le matériau « empirique » mobilisé dans cette communication sera constitué principalement d’une expérience de recherche et d’écriture en cours portant sur la comparaison des politiques d’environnement et de développement durable dans quatre villes françaises et britanniques. Cette thèse en voie de finalisation a pour objectif de comprendre la manière dont l’appréhension et le traitement des enjeux environnementaux à l’échelle urbaine ont pu évoluer entre la fin des années 1970 et la période actuelle. A cette fin, quatre terrains ont été étudiés en profondeur. Il s’agit des villes de Nantes et Saint-Etienne en France et de Leicester et Manchester au Royaume-Uni.
  • François Briatte, doctorant, Science politique, PACTE, Sciences Po Grenoble : « La comparaison ‘pair à pair’ dans l’univers des cadres interprétatifs de l’analyse comparée ».
    Résumé : Si l’on accepte de scinder schématiquement les discussions sur l’analyse comparée en sciences sociales en quelques grandes catégories, trois questions émergent rapidement du débat scientifique : à partir de quel nombre de cas d’étude n peut-on établir une comparaison correcte ? Quel est l’intérêt respectif de ces comparaisons ? Et surtout, quelles méthodes s’appliquent selon le nombre de cas d’études retenu ? Une quatrième question, d’ordre pratique, concerne ensuite le rendu, à l’écrit, du travail comparatif. Ce dernier questionnement devient crucial si l’on fait l’hypothèse que cette étape de mise en forme influe sur la capacité de généralisation et sur le degré de cumulativité des analyses. Au cours des deux décennies passées, le débat mené au sein du sous-champ de l’analyse politique comparée s’accorde sur la proposition suivante : toute comparaison à n = 1 est envisageable et susceptible d’avoir un intérêt scientifique, si et seulement si la comparaison s’accompagne d’un cadre interprétatif valide au regard de la méthode employée. Or la validité des comparaisons fondées sur un faible nombre de cas d’études reste sujette à un débat intense, d’autant plus que leur mode de présentation écrite procure parfois l’illusion d’une juxtaposition monographique, au détriment de l’objectif initial de généralisation porté par l’analyse comparée. L’objet de cette communication consiste à montrer que ce débat présente l’avantage d’avoir incité les utilisateurs de cadres interprétatifs construits sur des comparaisons à « faible n » à préciser leur pensée sur la teneur de leurs analyses. Cette observation est illustrée à partir du cas des comparaisons à n = 2, dites comparaisons « pair à pair ». Une réflexion supplémentaire sur la production écrite des recherches comparatives, et plus particulièrement des comparaisons « pair à pair », permettra d’introduire certaines considérations d’ordre rédactionnel et visuel encore peu abordées dans les formations à l’analyse comparée.
  • 17h45-18h15 : Conclusion, David Garibay, MC Science politique, TRIANGLE, Université Lyon 2.

Éléments bibliographiques

DETIENNE, M. 2000. Comparer l’incomparable, Le Seuil, Paris.

DARMON, M. 2008. « La notion de carrière : un instrument interactionniste d’objectivation », Politix. Revue des Sciences Sociales du Politique, vol. 21, n° 82, juin 2008, p. 149-167

DURKHEIM, E. 1986 (1ère éd. 1895). Les Règles de la méthode sociologique, Paris, Presses Universitaires de France.

HASSENTEUFEL, P. 2000. « Deux ou trois choses que je sais d’elle. Remarques à propos d’expériences de comparaisons européennes », dans CURAPP, Les méthodes au concret, Paris, Presses Universitaires de France, p.105-124.

LALLEMENT, M., SPURK, J. 2003. Stratégies internationales de la comparaison, Paris, Éditions du CNRS

LAMONT, M., THEVENOT, L. (dir.). 2000. Rethinking Comparative Cultural Sociology. Repertoires of Evaluation in France and in the United States, Cambridge (UK), New York, Cambridge University Press.

MÉNY, Y., SUREL, Y. 2009. Politique comparée : les démocraties : Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Paris, Montchrestien (8è éd.).

PASSERON, J.C., REVEL, J. 2005. « Penser par cas. Raisonner à partir de singularités », dans PASSERON, J.C., REVEL, J., Penser par cas, Paris, EHESS.

PINSON, G. 2009. Gouverner la ville par projet. Urbanisme et gouvernance des villes européennes, Paris, Presses de Sciences Po.

RAGIN, C. 1987. The Comparative Method : Moving beyond Qualitative and Quantitative Strategies, Berkeley, University of California Press.

SARTORI G. 1994. « Bien comparer, mal comparer », Revue internationale de politique comparée, vol. 1 : 19-36 (traduction de l’article de 1970).

SARTORI, G. 1970. « Concept Misformation in Comparative Politics », American Political Science Review, 64, p. 1033-1053.

SCHULTHEIS, F. 1989. « Comme par raison - comparaison n’est pas toujours raison. Pour une critique sociologique de l’usage social de la comparaison interculturelle », Droit et société, 11-12, p. 219-244.

STRAUSS, A., CORBIN, J. 1997. Grounded theory in practice, Thousand Oaks, Sage Publications.

VIGOUR, C. 2005. La comparaison en sciences sociales : pratiques et méthodes, Paris, La Découverte.

WERNER, M., ZIMMERMAN, B. (dir.) 2004, De la comparaison à l’histoire croisée, Paris, Le Seuil.

[1Comme l’a souligné la journée d’étude sur les « enjeux (et) pratiques de l’écriture en sciences sociales » organisée les 22 et 23 septembre 2006 à l’École doctorale de science politique de l’Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne).

[2Léa Lima « Prendre en compte la mise en oeuvre de l’action publique dans la comparaison. », Revue internationale de politique comparée, vol. 11, n°3, 2004, p. 435-455.

[3Nous suivons, ce faisant, la méthodologie proposée par Gilles Pinson. Gilles Pinson, Gouverner la ville par projet. Urbanisme et gouvernance des villes européennes, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.

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