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Séminaire doctoral du pôle Post-Western Sociology : « Capitalismes, risques et nouvelles formes de travail »

25 mars 2024, à l’ENS de Lyon, site Descartes, salle D4.260

Programme

  • 8h30-8h50 : Introduction par Laurence Roulleau-Berger, directrice de recherche émérite au CNRS, directrice française de l’IAL Post-Western Sociology in Europe and in China, Triangle.
  • 8h50-9h10 : Pierre Manoury, doctorant Lyon II/Renmin Université, Triangle : « Travail, corps, militance » .
    La sociologie du corps, qui trouve ses premières inspirations dans l’étude du monde ouvrier au 19ème siècle, offre à travers l’étude de la corporéité comme construction sociale, une fenêtre d’analyse pertinente pour examiner les effets des évolutions contemporaines du monde du travail sur l’individu. Cette présentation propose d’explorer comment les dynamiques contemporaines de travail - caractérisées notamment par l’automatisation, l’émergence de nouvelles formes de précarisation et l’intensification– exercent physiquement une influence sur les travailleurs. À travers l’étude de cas des livreurs de la plateforme Deliveroo, menée par Fabien Lemozy, il s’agit de saisir les nouvelles réalités de ces corps intensifiés, corvéables et endurants comme produits de ces transformations. La présentation de cette réflexion sociologique autour du corps du travailleur, amène également à élaborer celle du corps du militant : intensifié, sensible et résilient en s’appuyant sur l’étude de groupes locaux de Greenpeace France et d’Extinction Rébellion.
    Bibliographie :
    LEMOZY, Fabien, « La tête dans le guidon. Etre coursier à vélo avec Deliveroo », La Nouvelle Revue du Travail, 14 / 2019.
    LE BRETON, David. La sociologie du corps. Presses Universitaires de France, 2023
    WESTWELL, Emily, JOSH, Bunting, « The regenerative culture of Extinction Rebellion : self-care, people care, planet care ». Environmental Politics 29, no 3, 2020 : pp. 546-451.
    COTTIN-MARX, Simon. « Le burn-out militant. Réflexions pour ne pas être consumé par le feu militant », Mouvements, vol. 113, no. 1, 2023, pp. 156-164.<
  • 9h10-9h30 : Discussion
  • 9h30-9h50 : Li Meng, doctorante ECNU/ENS de Lyon, Triangle : « Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? »
    Ces dernières années, de nombreux travaux en sciences sociales ont attiré l’attention sur les significations ambivalentes de la gratuité du travail bénévole. Si l’exploitation peut se définir comme la part non payée du travail réalisé par les salariés, le travail bénévole, lorsqu’il bénéficie à des entreprises capitalistes ou à l’État, est une forme particulière de l’exploitation. Maud Simonet se concentre sur toute les formes de travail non reconnues et exercées en dehors du droit du travail et avec peu ou pas de compensation monétaire et de droits sociaux. Puis elle interroge s’il y a de commun entre ces milliers d’heures de travail gratuit ou semi-gratuit qui font fonctionner associations, services publics et entreprises. Nous analyserons comment le travail peut-il être sur le marché de l’emploi d’aujourd’hui ? L’exposé se terminera par une introduction des stagiaires travaillant gratuitement dans les fermes écologique en Chine.
    Bibliographie :
    SIMONET, Maud. Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?. Éditions Textuel, 2018.
    SIMONET, Maud. Le travail bénévole. Engagement citoyen ou travail gratuit ? Lectures, Les livres, 2010.
    MACKENZIE, Ewan et MCKINLAY, Alan. Hope labour and the psychic life of cultural work. Human relations, 2021, vol. 74, no 11, p. 1841-1863.
  • 9h50-10h10 : Discussion
  • 10h10-10h30 : Liu Yuting, doctorante ECNU/ENS de Lyon, Triangle : « Platform Capitalism and Reshaping Modes of Organizing Work »
    Platform capitalism drives shifts in the modes of organizing work by removing workers from the salaried framework. While partially rooted in technological innovation, this economic accumulation model’s critical aspect may lie in a novel approach to managing employment and organizing work. First, identifying digital workers proves challenging within traditional labor laws, sparking debates over their status as wage earners or self-employed individuals in labor disputes. This blurring of identity prompts reflections within work sociology on what constitutes "work," the boundaries between work and non-work, and the foundation of employment relationships and contracts. Second, positioning digital workers within legal frameworks is difficult, leaving their rights and obligations unclear. Who bears the risks in work activities, the worker, or the platform enterprise ? Who ensures the labor protection rights of workers and how ? These questions remain unresolved. Meanwhile, platform enterprises shift powers and obligations traditionally associated with hiring institutions onto workers : they delegate investment and risk-taking to workers and job evaluation to consumers while relinquishing employer functions such as paying social insurance contributions, recruitment, and dismissal procedures. Lastly, conflicts of interest emerge between the new forms of work organization operating in the gray area and traditional industry organizations. The latter’s collective opposition against the former contributes to re-regulating industries that relaxed regulations due to platform emergence. In summary, the organization of new forms of work, worker relationships, legal protections, industry standards, and other related social issues in the digital platform arena demand exploration.
    Bibliographie :
    Abdelnour, S. and Bernard, S., 2018. Vers un capitalisme de plateforme ? Mobiliser le travail, contourner les régulations. Présentation du Corpus. La nouvelle revue du travail, (13).
  • 10h10-10h40 : Discussion
  • 10h40-11h : Pause
  • 11h-11h20 : Li Run, doctorante ECNU/ENS de Lyon, Triangle : « Informalité et précarité de l’emploi : différences et chevauchements »
    A partir d’une confrontation entre les deux concepts de précarité et d’informalité, à interroger leurs potentiels et leurs limites, Cette étude a révélé ensuite quelques indicateurs des freins, voire des contre-tendances, au développement de ces formes de travail. Il précise empiriquement quelles sont les activités les plus concernées par la précarité et par l’informalité et nous rappellerons quels sont les fondements qui rendent possible l’action et l’organisation collectives parmi les travailleurs précaires et informels, avant d’examiner quelques exemples au Nord, particulièrement en France, puis dans des pays du Sud. Paul Bouffartigue et Mariana Busso terminerent en proposant quelques pistes pour une approche comparative des formes d’action collective parmi les travailleurs précaires et informels. Dans cette étude, on voit que la précarité de l’emploi, essentiellement différenciée de l’informalité, se chevauchent au niveau empirique et que de nouvelles formes de domination et de résistance se forment au sein des milieux populaires. Pour aller plus loin, comment la précarité et l’informalité se rejoindraient-elles dans la réalité, de quelles manières et de quels chemins se chevauchent, et quelles en sont les conséquences sur les faits sociaux ?
    Bibliographie :
    BOUFFARTIGUE, Paul ; BUSSO, Mariana. Chapitre I. Précarité, informalité : contradictions et réversibilités In : Travail, jeunesse et migrations : Regards croisés Europe-Amérique latine à l’heure de la mondialisation en ligne. Paris : Éditions de l’IHEAL, 2016 (généré le 21 février 2024). DOI : https://doi.org/10.4000/books.iheal.2975
    Paul Bouffartigue, Mariana Busso. "Précarité", "informalité" : une perspective Nord-Sud pour penser les dynamiques des mondes du travail. 6 ème congrès de l’Association Latino Américaine de Sociologie du Travail, Apr 2010, Mexico, Mexique. ⟨halshs-00446347⟩
  • 11h20-11h40 : Discussion
  • 11h40-12h : Shin Jinwoo, doctorant ENS de Lyon, Triangle : « Précariat, travail contraint, transnationalisme »
    De nombreux migrants, quel que soit leur statut, sont contraints à des régimes de travail contraints dans le contexte transnational, s’apparentant à une capture par le dispositif migratoire (Bastide, 2015). Pourtant, ces situations précaires et le consentement à la déqualification et la disqualification socio-économique ne sont pas statiques. Les migrants mobilisent différentes ressources et stratégies pour naviguer dans ces conditions, oscillant entre contrainte, recherche d’autonomie et indépendance totale. Ces capabilities (Sen, 1992) et les nouvelles formes de travail qui s’ensuivent constituent la centralité de cette intervention.
    En s’appuyant sur les chapitres Ⅶ et X de « Habiter le transnational » de Loïs Bastide, cette intervention propose une transposition de la notion de « production de consentement » de Michael Burawoy pour analyser la condition de travail non seulement des migrants mais aussi des demandeurs d’asile et des réfugiés pris dans ce dispositif migratoire. Elle conclura par une approche de regards croisés en confrontant l’ethnographie sud-est asiatique de Bastide, celle de Burawoy et mon travail de terrain franco-coréen.
    Bibliographie :
    BASTIDE Loïs, Habiter le transnational - Espace, travail et migration entre Java, Kuala Lumpur et Singapour, Lyon, ENS Éditions, 2015.
    BURAWOY Michael, Manufacturing Consent : Changes in the Labor Process Under Monopoly Capitalism. Chicago : University of Chicago Press, 1979.
    SEN Amartya, Inequality Reexamined. Oxford : Clarendon Press ; 1992.
  • 12h-12h40 : Discussion
  • 12h40-13h : Conclusion
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