/ Action publique

Axe 2 : Santé et politiques

Présentation

Responsables : Gwenola Le Naour, Christine Dourlens

  • 1. La santé est fréquemment définie comme un « bien en soi », un « bien commun » dont les autorités publiques seraient les garantes. Cette définition idéaliste de la santé ne doit pas occulter des enjeux très concrets qui conduisent à débattre des priorités de santé, notamment en raison des coûts induits par les politiques de santé ou du fait de choix politiques définissant des ayants droits et des exclus des soins. Des hiérarchies entre des demandes et des besoins sont établies ce qui conduit à sélectionner à la fois des priorités et des bénéficiaires. Ce faisant, la santé est donc irrémédiablement politique : les politiques de santé posent des questions de distribution, de redistribution et de justice sociale. Les questions d’inégalités sociales de santé ou encore expositions inégales aux risques toxiques, de non recours et/ou difficultés d’accès aux soins en sont quelques exemples.
  • 2. Les politiques de santé constituent des modèles paradigmatiques des transformations de l’action de l’État (territorialisation de l’action publique, place des intérêts privés, action sur l’architecture organisationnelle etc.) qu’il convient de réinvestir au regard des récentes transformations sociétales : développement des big data, individualisation des politiques de santé (objets connectés, éducation thérapeutique). Dans cette perspective, il convient d’une part d’interroger dans quelle mesure les dernières avancées techno-scientifiques participent d’une transformation du pouvoir médical au sein de la société et, plus largement, du rôle des patients ; et d’autre part, de quelle façon les politiques mises en place participent d’une nouvelle transformation du gouvernement des professionnels et des individus.
  • 3. Enfin, les mouvements de médicalisation et de bio-médicalisation de la société, s’ils renvoient à des dynamiques multiples, aboutissent à étendre la juridiction de la profession médicale. Certaines questions sociales envisagées comme relevant de la déviance ou des disparités économiques (l’usage de drogues, la précarité par exemple) sont désormais problématisées en terme de santé. Ces glissements appellent une transformation des conduites individuelles et/ou une prise en charge de type thérapeutique plutôt que des dispositions collectives, et ils ne sont pas sans effet sur le périmètre et la définition de l’action politique. Dans le même temps, se développent un certain nombre d’innovations médicales qui visent moins à guérir ou contrôler les corps qu’à les transformer (Clarke et al, 2000). Ces innovations, ainsi que les processus sociaux auxquelles elles sont associées, tendent à bousculer les limites entre le naturel et l’artificiel, le normal et le pathologique, la réparation et l’amélioration (enhancement). Ce faisant, elles aboutissent à fragiliser le fondement biologique d’un certain nombre de catégories sociales fondatrices (le genre, la filiation) et ouvrent de nouveaux débats éthiques et politiques.

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