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Deuxième thématique : Croissance et crises dans l’analyse économique française et anglaise (19e siècle - premier 20e siècle)

Cette nouvelle thématique, dont le besoin s’est exprimé lors de la Journée d’études du 23 janvier 2009, « Crises : regards croisés » (organisation et communications de P. Dockès et de M. Gaspard et à laquelle ont participé des chercheurs d’autres pôles de Triangle et de l’UMR LARHRA) sera initiée par une nouvelle Journée d’études TRIANGLE sur le thème de « L’histoire des crises », sous la responsabilité de P. Dockès et de M. Gaspard. La crise récente des subprimes a réactivé dans le débat public des questions qui animaient déjà la réflexion économique et politique au moment des grandes crises de la fin du 19ème siècle, des années 1930 et des années 1970 : les grandes crises doivent-elles être lues comme des moments de mutation d’un système économique spécifique ? Sont-elles le signe d’un essoufflement inéluctable du capitalisme ? Ne sont-elles que des soubresauts dramatiques sur une trajectoire globalement heureuse d’amélioration globale du niveau de vie ?

Il s’agira ici de relier ces interprétations de la crise aux représentations de la croissance économique elle-même. À cette fin, nous proposons une typologie de départ qui doit unifier les recherches de plusieurs membres du pôle, spécialistes de périodes ou de terrains différents :

La crise comme élément de régulation

La crise est ici envisagée comme le moment normal d’un cycle économique, un moment d’apurement des excès et des déséquilibres, comme s’il existait un rappel à l’ordre de la « nature ». La croissance sous-jacente est pensée comme une croissance « réelle » (c’est-à-dire non monétaire), « naturelle », « structurelle » ou « potentielle », les fluctuations apparaissant comme « monétaires », « artificielles », « conjoncturelles » ou « effectives ».

La crise comme « crise de croissance »

Moment pathologique, révélant certains dysfonctionnements et nécessitant l’ajustement des règles du jeu économique (institutions encadrant les échanges et/ou le mode de répartition des revenus, rôle respectifs de l’État et du marché), mais n’hypothéquant pas la marche vers la prospérité économique.

La crise comme « crise d’un régime de croissance » ou comme moment de mutation

La crise est placée ici à la croisée de l’histoire économique et d’une analyse théorique des cycles longs (ou ondes longues) et analyse la croissance comme le résultat d’un complexe technique, institutionnel et économique.

Parmi les programmes spécifiques que l’on peut d’ores et déjà envisager, notons :

  • La théorie du cycle et des crises : l’apport de Clément Juglar. Ludovic Frobert poursuivra sa participation au programme de recherche (Business Cycles Network) dirigé par Pascal Bridel (Centre Walras-Pareto de l’Université de Lausanne) par ses travaux sur les crises périodiques au XIXe siècle et sur les théories de Clément Juglar. Dans ce programme, Ludovic Frobert participera aussi à l’édition des volumes des Œuvres économiques de Clément Juglar. En outre, il préparera des articles sur les théoriciens français des crises (Voir déjà sa contribution à l’ouvrage collectif dirigé par Daniele Besomi Crises and Cycles in Dictionaries and Encyclopedias, London : Routledge, à paraître en 2010).
  • « Autour de Cambridge ». Le point de départ est une représentation marshallienne des valeurs économiques « normales » comme des valeurs liées à un idéal de libre concurrence et d’équilibre (statique) de longue période chez A. Marshall. De ce point de départ, il s’agit, pour les économistes :
    • de parvenir à penser la croissance économique, c’est-à-dire l’évolution de ces valeurs « normales »dans le temps et donc d’imaginer la dynamisation de la notion d’équilibre marshallien de longue période : on trouve ici le débat autour de la « firme représentativemarshallienne », et la possibilité de penser des rendements d’échelle croissants sans mettre en péril l’analyse de libre concurrence. Ce débat fait intervenir du milieu des années 1920 jusqu’au début des années 1930 la plupart des économistes cambridgiens et européens (M. Gaspard et J.-P. Potier) ;
    • de faire une place, dans cette analyse, à la crise de reconversion (passage de l’économie de guerre planifiée à un retour difficile « à la normale ») qui sévit en Angleterre tout le long des années 1920, et qui en fait un terrain d’expérimentation empirique et théorique anticipant les réflexions provoquées, ensuite, par « la grande crise » des années 1930. Du point de vue de l’analyse économique, il s’agit ici de tirer les conséquences de cette crise durable : on passe d’une analyse de la crise comme perturbation temporaire (analyse traditionnelle des cycles monétaires autour de valeurs réelles d’équilibre, de Marshall à Pigou ou Robertson) à une conceptualisation de la crise ou de la dépression comme « crise de croissance », interrogeant plus fondamentalement le capitalisme monopoliste du premier 20e siècle, mais aussi les conséquences de l’incertitude sur la théorisation des phénomènes dynamiques (M. Gaspard, J.-F. Renaud) ;
    • de voir comment, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, ces réflexions des années 1930 ont bouleversé la représentation de la croissance et des cycles chez des auteurs « post-keynésiens », puis chez les auteurs de la « synthèse néoclassique ». On étudiera ici comment les analyses des années 1930 ont transformé la réflexion sur les principes d’intégration du temps dans l’analyse économique de Cambridge, sur l’appréhension des moments de transition (équilibres temporaires) et sur la logique de prise en compte des périodes (courte, moyenne, longue), sur l’appropriation par les auteurs cambridgiens de la distinction (suédoise) ex ante/ex post. Sur ce dernier aspect,la lecture originale de Keynes par G.L.S. Shackle sera analysée par J.-F. Renaud.


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