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/ Axe 2 : Enquêter en terrain étranger : enjeux méthodologiques de la comparaison et de l’étude des circulations internationales

4 lignes de questionnement

vendredi, 8 janvier 2021 [ / UMR 5206]

Les enjeux pratiques de la conduite des terrains à l’étranger

Conduire un terrain à l’étranger fait-il peser des contraintes spécifiques sur la recherche ? Comment les contraintes, temporelles et financières notamment, affectent la façon de mener des terrains (ethnographiques en particulier) ? Inversement, on peut penser qu’enquêter à l’étranger offre aussi des avantages : une acceptation parfois plus aisée de la part des populations enquêtées, si l’on apparaît comme extérieur aux luttes locales de signification, par exemple, ou une plus grande facilité à mettre à distance et à interroger les objets étudiés. En quoi le rapport à la langue (ou aux langues) parlées dans la société d’accueil, et plus largement aux codes sociaux en vigueur, structure l’enquête : il est parfois nécessaire de recourir à un traducteur, à des intermédiaires, dans d’autres cas, on privilégiera les enquêtés avec lesquels on peut se passer de traducteur. Ces différentes configurations ont des effets sur la nature de la parole et des expériences qui seront recueillies ou encore sur la construction de l’échantillon.
Une autre question concerne la perception du chercheur étranger sur son terrain. Le chercheur, perçu comme « étranger » sur son terrain de recherche, fait l’objet de représentations qu’il s’agit d’objectiver. En quoi les représentations sociales que se font les acteurs de l’enquêteur constituent-elles un matériau d’enquête pertinent ? Sous quelles conditions et comment le statut de chercheur étranger devient-il une contrainte ou une ressource pour l’enquête ? Enfin, quelles pratiques permettent d’entretenir un terrain à distance, lorsqu’on est obligé de conduire un terrain intermittent ?
Ces questions seront abordées en partie en lien avec le séminaire Action collective, commun à Triangle et au CMW, qui porte plus spécifiquement ces dernières années sur les mouvements sociaux en contexte autoritaire.

Les enjeux de la comparaison internationale

Quelles sont les difficultés méthodologiques que les chercheurs rencontrent dans des enquêtes comparatives internationales ? Au-delà des spécificités des objets étudiés et des méthodes privilégiées, il s’agira de mener une réflexion collective sur les différentes stratégies comparatives, sur les obstacles que l’on peut rencontrer et les outils que l’on peut mettre en place pour y remédier.
Un premier ensemble de questions concerne le choix des unités et des échelles de la comparaison. Ces choix ne se font pas uniquement à partir d’a priori posés théoriquement, mais répondent aussi à des critères de pertinence pratique. Quelle est la pertinence du niveau national par rapport à d’autres niveaux d’analyse (local, régional, transnational) ?
Un second ensemble tient au statut et à la nature de la comparaison dans l’opération de recherche : s’agit-il d’une comparaison terme à terme, ou d’un cas utilisé comme contrepoint d’une étude principale sur un autre cas ?

Les enjeux de traduction et de circulation des savoirs académiques - et des académiques eux-mêmes

Il s’agit d’examiner ici les enjeux de traduction et de circulation des savoirs. Loin d’être une question purement linguistique, la traduction des concepts soulève de nombreuses interrogations concernant l’usage des concepts et catégories d’analyse « en contexte ». Comment mobiliser, s’approprier, faire voyager les concepts ? Interroger la construction et les usages sociaux des catégories est une opération indispensable pour pouvoir les objectiver et les comparer.
Plus largement, au-delà des enjeux propres à la traduction, comment se repérer dans les sous-champs de la littérature étrangère pertinents pour notre objet, alors même que les univers académiques sont souvent structurés selon des logiques très différentes ?
Enfin, si l’on aborde régulièrement la question de la circulation des savoirs, celle de la circulation des académiques eux-mêmes, de ses conditions, de ses effets, est largement passée sous silence, alors qu’elle est profondément structurante des connaissances qui circulent. Quelles sont les conditions de possibilité et les contraintes, institutionnelles, financières, en termes de détention de capital académique, qui pèsent sur ces mobilités ? Comment se positionne-t-on face au milieu académique d’accueil ? Comment y est-on perçu ? Comment cherche-t-on à y faire ses preuves ? Comment les méthodes d’enquête privilégiées dans les pays étudiés influent, en retour, nos façons de mener nos terrains ? Et quels sont in fine les effets de ces mobilités académiques sur la circulation des connaissances ?
Ce questionnement pourra s’articuler avec le séminaire « Les sciences sociales dans le monde anglophone », qui aborde les questions de méthode dans une perspective comparatiste, ainsi que celles, linguistiques et conceptuelles, de la traduction des textes.

Quel est l’étranger du « terrain étranger » ?

L’axe rassemble des chercheurs/ses travaillant sur des aires géographiques variées (Amérique du Sud, du Nord, pays européens). Nous intégrons également une réflexion sur la spécificité des terrains étrangers au sens national du terme, par rapport à d’autres situations où le chercheur/la chercheuse est confronté(e) à un terrain qui, s’il est géographiquement et nationalement proche, peut être très éloigné de lui/d’elle sur d’autres dimensions, sociales, ethniques, de genre, etc.