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/ Politique des savoirs : productions, circulations, usages

Axe 1. Institutions, production et transmission des savoirs académiques

vendredi, 8 janvier 2021 [ / UMR 5206]

Cet axe porte principalement sur les institutions légitimes de production et de transmission des savoirs. On s’intéressera tout particulièrement aux institutions d’enseignement scolaire et universitaire, ainsi qu’aux espaces (plus ou moins hybrides) où s’élaborent des connaissances scientifiques. Cependant, cette première thématique ne se limitera pas à ces objets et visera à les replacer dans un horizon de discussion plus large.

En ce qui concerne les dynamiques de production de connaissances, les recherches mises en discussion au sein du chantier porteront sur des objets aussi variés que les sciences expérimentales, la médecine et la théorie économique.
Inscrits dans une perspective inspirée par les sciences studies, plusieurs membres du chantier s’intéressent aux conditions d’émergence et de déploiement de savoirs cliniques et épidémiologiques (travaux en cours sur la spécialité médicale de l’anatomopathologie, sur la construction de savoirs autour du virus Ebola en Afrique). De même, le chantier sera un lieu idéal pour mener une discussion interdisciplinaire du projet de recherche engagé par plusieurs membres du pôle Economies Politiques de Triangle autour de la genèse et de la réception des travaux d’Herbert Simon sur la rationalité limitée (prix Nobel d’économie 1978). Au-delà de leur intérêt pour l’histoire de la pensée économique, les travaux de Simon constituent un cas exemplaire pour étudier la construction de savoirs à la frontière entre différents paradigmes ou approches (axiomatisation de la rationalité, théorie des jeux, économie comportementale, économies institutionnalistes) et disciplines (science politique, économie, informatique, psychologie, sciences de l’artificiel). Enfin, il s’agira également de croiser des réflexions autour des transformations contemporaines de la recherche académique. Dans ce cadre, seront notamment abordées la question de la fiabilité des connaissances dans un contexte marqué par la multiplication des affaires de fraude scientifique, l’influence des intérêts industriels sur l’orientation de la recherche publique, ainsi que la mise à l’épreuve des découpages disciplinaires (avec par exemple l’émergence de domaines identifiés comme des studies, en rupture avec les logiques disciplinaires).

Ces questions relatives à la production de connaissances seront articulées à toute une série de travaux portant sur les institutions scolaires et universitaires. En ce domaine se pose bien sûr particulièrement déjà l’emprise des découpages institutionnels, portant à distinguer des espaces qui seraient entièrement et uniquement consacrés soit à la production (espace universitaire, dans ses niveaux les plus élevés) soit à la transmission des savoirs (enseignement primaire, secondaire, technique ou professionnel). D’une part, plusieurs membres du chantier s’intéressent particulièrement au procès de « recontextualisation pédagogique », qui vise à questionner la manière dont des savoirs « scientifiques » ou académiques, sont recontextualisés (et donc traduits et reconfigurés) en programmes d’enseignement, tout autant que les rapports sociaux mis en jeux dans les nouvelles entrées curriculaires qui semblent de plus en plus instituées, elles aussi en complément ou en remplacement des découpages disciplinaires, (« compétences », « éducations à », « régionalisations des savoirs »..). Les recherches sur la fabrique des curricula dans l’enseignement supérieur, celles sur la transformation des curricula de l’enseignement primaire et secondaire, une étude sur le déploiement socio-historique de l’éducation à la santé, de même qu’une autre sur la manière dont les savoirs et dispositifs issus de pratiques militantes féministes s’instituent dans les salles de classe, notamment par l’intermédiaire des « pédagogies libératrices », seront ici mobilisés. Par ailleurs, la poursuite d’une réflexion sur le concept de recontextualisation pédagogique, réalisée dans la logique d’une sociologie de la pédagogie, que cherchent à développer certains membres du chantier, permettra aussi d’élargir l’étude de la production des savoirs. L’approche ici consiste notamment à ne plus penser le processus d’apprentissage scolaire dans la perspective du paradigme de la communication : celui-ci est alors moins considéré comme un acte de transmission des savoirs déjà constitués, entre enseignants et apprenants, mais comme une construction complexe mettant en relation dynamique des éléments pluriels et hétérogènes. Cette démarche s’attache à remettre les différentes théories de la socialisation (par osmose et/ou comme processus mystique d’intériorisation/ extériorisation) sur la table du travail empirique. Elle conduit à considérer les espaces scolaires comme des institutions cognitives collectives, tout en contribuant à reconstruire le champ de la sociologie de l’éducation comme domaine transversal à toute sociologie, accentuant la possibilité de dépasser les vieilles, mais persistantes, clôtures générées par la matrice dichotomique individu/société.