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Philippe Pelletier : « Mer du Japon, mer de l’Est ou bien quoi ? La toponymie asiatique confrontée à son Extrême-Orient »

9 octobre 2009, de 16h à 18h en Salle du Conseil de l’Institut d’études politiques de Lyon 14 avenue Berthelot, Lyon 7ème

Intervenant : Philippe Pelletier, géographe français (UMR 5600 Environnement, Ville, Société). Il est spécialiste du Japon, où il a résidé et travaillé pendant sept ans.

Résumé de la communication

La toponymie est un révélateur ainsi qu’un agent des tensions géopolitiques, la géopolitique étant conçue comme l’interrelation du géographique et du politique inscrite dans les territoire et les discours. Selon que l’on parle de Palestine ou d’Israël, la logique n’est pas la même. En Asie orientale (Chine, Japon, Corée), bien nommer les choses et les espaces relève des principes confucéens peu ou prou partagés par ces pays qui héritent de la civilisation sinisée.

Depuis une vingtaine d’année, le gouvernement sud-coréen essaie de rebaptiser la « mer du Japon » en « mer de l’Est ». C’est l’une des voies empruntées pour faire triompher sa revendication sur l’îlot Tokto (japonais Takeshima) situé dans la mer en question, le litige à son sujet reposant largement sur une confusion d’appellations toponymiques au cours de l’histoire. La partie coréenne cherche ainsi à montrer, à travers le cas a priori anodin de la toponymie « mer du Japon », la désinvolture sinon la duplicité de la partie japonaise dans le domaine géographique. De l’ensemble des arguments sur lesquels elle s’appuie, la référence à la colonisation de la Corée par le Japon (1910-1945) semble la plus évidente, mais le recours à la géographie et à la cartographie historiques est source de complexité et de mésinterprétation.

Ainsi, l’utilisation par la cartographie européenne de la toponymie « mer Orientale », entre autres noms, pour désigner cet espace au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ne correspond pas à l’usage vernaculaire ou cartographique des anciens Coréens (Tonghae : « mer de l’Est » ou « mer orientale »). En revanche, elle relève d’une approche en « arc océanique », caractéristique de l’école géographique française des Lumières. Car celle-ci cherche à rationaliser la toponymie maritime non pas d’après un critère de mer fermée (comme la Méditerranée), mais au contraire de mer ouverte, en écharpe autour d’un continent. Sur certaines de ces cartes, la mer ou l’« océan Oriental » s’étend donc de Ceylan à la Sibérie. À échelle plus réduite, la « mer du Japon » peut être appelée de la même façon. Enfin, l’imposition de ce nom « mer du Japon » résulte de l’expédition Lapérouse dans ces eaux (1787).

Mots clés :

cartographie historique, Corée, géopolitique, Japon, toponymie

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